Une photo, ce soir, me revient en mémoire, une photo dans une vitrine. C’était à Venise, en novembre 2012, dans une de ces rues commerçantes, juste derrière le marché. Dans une de ces boutiques dédiées aux artifices de la féminité. Marilyn Monroe et Brigitte Bardot, ou plutôt leurs images juxtaposées pour un ultime concours de beauté. Pour une rencontre idéale, pour une scène imaginaire qui complèterait leurs filmographies trop brèves, trop lacunaires.
Marilyn et Brigitte : sans doute les deux blondes les plus célèbres au monde. Deux brunes devenues blondes pour l’éternité. Passage du vivant au mythe, de la nature à l’icône. Deux visages, deux silhouettes qui ont colonisé la médiasphère, qui ont donné à rêver, tant aux hommes qu’aux femmes, pour plusieurs décennies, pour plusieurs siècles. Mille fois imitées et jamais égalées par les innombrables prétendantes à leur succession. Il y a des reines que l’on ne détrônera jamais.
Marilyn et Brigitte : deux avatars de l’éternel féminin, deux sex-symbols. Deux physiques pourtant différents. Les hanches rondes et les seins lourds de l’Américaine, la morphologie plus élancée et la poitrine adorablement galbée de la Française. Mais un même art de jouer des lèvres et du regard face à la caméra, un même sens de la comédie des apparences chez les deux stars.
Marilyn et Brigitte : deux destins pas moins divergents. L’enfance nomade et misérable de la première, le carcan de l’éducation bourgeoise pour la seconde. Les clubs de nuit pour l’une, les cours de danse classique pour l’autre : cela laisse forcément des traces. Les calendriers érotiques pour Marilyn, les unes des magazines de mode pour Brigitte. La volonté acharnée de devenir une actrice cérébrale pour l’Américaine, le vedettariat offert dans sa corbeille de noces pour la Française. La psychanalyse et les tranquillisants pour l’une, le goût de la fête et de la solitude protectrice pour l’autre. L’ironie joyeuse de Monroe, l’insolence calculée de Bardot. Les mariages rapidement suivis par des divorces pour les deux. Mais aussi les suicides tentés et parfois réussis. La mort physique à 36 ans pour Marilyn, la disparition cinématographique à 39 ans pour Brigitte. Et partout, des essaims de paparazzis guettant la moindre de leurs apparitions, la ronde des admirateurs anonymes et des amants à peine moins fugitifs.
Marilyn et Brigitte : Quel dialogue auraient-elles pu établir si elles en avaient eu le temps ? Si elles avaient pu se voir autrement qu’à la dérobée dans les toilettes de Buckingham Palace, l’une et l’autre se repoudrant le nez en attendant d’être reçues par la reine ? Elles auraient sans doute parlé de leur recherche commune de la liberté par ou malgré le cinéma. De leurs stratégies personnelles pour échapper à la spirale infernale de la célébrité – qu’elles avaient pourtant désirée et provoquée par leurs déclarations publiques. De leurs dégoûts et de leurs admirations pour les nababs de leur profession. A quoi bon être belle si c’est pour toujours se taire ? Une grande correspondance nous manque qui nous aurait sauvés des carnets pathétiques et des biographies plus ou moins autorisées. Au lieu de ça, nous resterons avec nos supputations et nos rêveries douces-amères.
Marilyn et Brigitte : un style et une époque se sont terminées avec la première, une nouvelle forme de séduction féminine a surgi avec la seconde. Mais les sillons qu’elles ont tracés avec leurs vies et leurs carrières ne sont pas prêts de se refermer. Le monde continuera, longtemps encore, d’exploiter la moindre de leurs ombres. Jusqu’à l’ultime dissipation des formes et des images.
Pour prolonger le mythe : Exposition « Brigitte For Ever » jusqu’au 2 septembre… à Saint-Tropez
Exposition de photos inédites de Brigitte Bardot. Des clichés du photographe Gérard Schachmes en exclusivité mondiale !





