Son nom à lui seul évoque une autre époque. Et sa longue devanture brune se détache au premier coup d’œil des autres commerces de cette populaire rue des Récolettes, à deux pas du Cours Saint-Louis. C’est que la quincaillerie Empereur n’est pas une boutique tout à fait comme les autres. Tout comme l’herboristerie du Père Blaize, à quelques rues de là, elle est une véritable institution qui frise les deux siècles d’âge (elle a été fondée en 1827) et, à ce titre-là, elle est inscrite au patrimoine municipal. Mais cette exceptionnelle longévité ne l’empêche pas d’être toujours très dynamique. Et, si l’on en juge par la clientèle des jours ordinaires qui déambule ici à la recherche de l’objet rare, ses vingt-deux employés ne sont pas près d’être au chômage. Car la quincaillerie Empereur n’a cessé de s’étendre au fil des années, transformant en espace de vente la piste de danse, au premier étage, de l’ancien salon Saint-Louis ou récupérant, au rez-de-chaussée, les locaux de la prestigieuse armurerie Renaux. Elle a même ouvert, à quelques mètres de la maison-mère, une petite enseigne dévolue entièrement à l’habillement. Ainsi, sa directrice, Laurence Renaux-Guez, peut présenter sur plus de 1000 m2, quelques vingt-mille références en matière d’arts ménagers et culinaires, droguerie, moulerie et coutellerie. Encore n’est-ce là que la moitié de toutes celles recensées dans son catalogue (et disponibles sur commande) !
Dans ce gigantesque bazar qui évoque, par ses dimensions, une grande surface, on ne trouve pourtant que des ustensiles et des marques à caractère artisanal. C’est la gageure de la maison que de promouvoir le savoir-faire et la solidité sur les productions industrielles vouées à une obsolescence rapide. Certes les prix sont en rapport mais le client, quoiqu’il achète, en a toujours pour son argent et revient la plupart du temps. Oui, venir ici c’est entrer dans un autre temps, un autre rythme, un autre décor que ceux auxquels la modernité a habitué nos sens. C’est retrouver un peu de son enfance en s’émerveillant devant des objets dont l’utilité est moins évidente que la gratuité poétique qui s’en dégage : comme ces filets à papillon, ces papiers d’Arménie odoriférants ou ce Vach à beurre dont la fonction n’est autre que de rendre cet aliment plus facile à tartiner…
On ressort d’ici, fort d’une expérience esthétique nouvelle, en empruntant le vieil escalier de bois qui craque sous les pas. Au passage, on s’attarde sur les vieilles photographies sépia, les lettres et les certificats qui tapissent les murs. Et si la quincaillerie Empereur était un musée qui s’ignore ?
Quincaillerie Empereur
4 rue des Récolettes, Marseille 1er _04 91 54 02 29




