Tourisme en Méditerranée : oser Naples…

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Stendhal, grand touriste devant l’Éternel, disait de Naples qu’elle était « la plus belle cité de l’univers ». L’affirmation est quelque peu exagérée, surtout à propos de la Naples moderne. Troisième ville d’Italie, derrière Rome et Milan, avec près d’un million d’habitants, la capitale de la Campanie ne soigne pas particulièrement son image de marque. Les problèmes (chômage, pollution, trafics multiples) y sont malheureusement sensibles – nous y reviendrons un peu plus loin. Elle bénéficie néanmoins d’une situation géographique privilégiée, avec une côte et un golfe de toute beauté. Quant à son patrimoine historique, il remonte, tout comme celui de Marseille, à l’Antiquité, accumulation de différents apports culturels (grec, romain, français, espagnol) qui ont façonné la physionomie de la ville. Voici quelques propositions – incontournables – de promenades pour ceux qui oseront l’aventure napolitaine.

 

Pompéi et Herculanum

Dans la périphérie de Naples, les ruines de Pompéi et d’Herculanum continuent de signifier, à leurs milliers de visiteurs, la fragilité de la civilisation face aux forces de la nature. Le 23 aout 79 de notre ère, le Vésuve entre en éruption ; une éruption d’une exceptionnelle puissance qui va ensevelir, sous un déluge de lave et de cendres, ces deux petites cités prospères. Près de 17 siècles plus tard, on les redécouvre à l’occasion du forage d’un puits. L’Europe savante, avide d’antiquité, accourt à leur chevet et les fouilles s’accentuent. Elles ne cesseront plus, ressuscitant pour de nouvelles générations les trésors de l’urbanité romaine. Aujourd’hui encore, le dialogue muet se poursuit avec ces vestiges, maisons basses délabrées, longues voies dallées, colonnades, fresques à demi-effacées sur les murs ou les parterres. Mais ce sont surtout ces corps pétrifiés qui signent l’identité profonde de Pompéi, mémoires d’un instant de feu où la nature s’est amusée à imiter l’art. Pour les découvrir, une seule ligne ferroviaire : la Vésuviana.

 

Le Vésuve

Des effets, remontons maintenant à la cause : le Vésuve. Ce volcan – classé parc national depuis 1995 – culmine à 1281 mètres au-dessus de la baie de Naples. Toujours actif, sa dernière éruption remonte à février 1944 et peut-être, avec un peu de chance ou de malchance, serez-vous le témoin de la prochaine. On y accède facilement avec l’un des nombreux cars en partance de Pompéi Scavi (coût moyen du transport, 12 €). La route qui serpente jusqu’à son plateau est l’occasion de constater que la vie n’a pas déserté les abords du volcan. Villas, hôtels et restaurants s’y succèdent jusqu’au bout et la végétation, nourrie par les laves, y est abondante. Sur le plateau, c’est la foire aux souvenirs. On peut poursuivre l’ascension jusqu’au cratère, mais il vous en coûtera 10 € supplémentaires. Car ici, seul le belvédère est gratuit.

 

Églises et musées

Comme Palerme, Naples recèle de nombreuses églises dans ses dédales de rues étroites. Elles sont les relais d’une piété populaire où le génie baroque a souvent laissé sa marque dans la statuaire religieuse. C’est le cas, notamment, pour la cathédrale du Duomo qui est dédiée à San Gennaro, saint-patron de la ville. On peut y admirer un magnifique autel et découvrir ses reliques dans la petite crypte. Mais n’y cherchez pas la fameuse fiole contenant son sang, car celle-ci n’est montrée au public que quelques jours par an, fin septembre, à l’occasion de la fête du saint. Dans le même quartier de San Lorenzo, on trouve la superbe Piazza San Domenico Maggiore et le petit musée privé de la Cappella Sansevero – lequel ouvre quand bon lui chante. Mieux vaut, pour l’amateur d’art, aller directement dans un musée national, comme celui de Capodimonte, sur les hauteurs de la ville. Au terme d’un parcours ascensionnel, vous serez récompensé par la vision édénique d’un jardin verdoyant et ombragé – ce qui est plutôt rare à Naples. Quant au musée lui-même, il fut construit au XVIIIe siècle et abrite plusieurs milliers d’œuvres (tableaux, sculptures, mobilier, tapisseries, porcelaines), fruits de nombreuses acquisitions dont la fameuse collection Farnèse. Mais pour admirer ces trésors de l’art italien, il ne faudra pas compter vos pas tout au long des trois étages et des innombrables salles que renferme le musée. On n’a rien sans effort.

 

Capri et Sorrente

Non, Capri ce n’est pas fini. Elle demeure la plus mythique et la plus visitée des trois îles – avec Ischia et Procida – du golfe de Naples. Depuis le port, la traversée en ferry coûte environ 40 € l’aller-retour. Mais à peine débarqués dans la baie de Marina Grande, les touristes sont assaillis par d’autres propositions de circuits, notamment pour la Grotte bleue que Jean-Luc Godard immortalisa dans « Le mépris ». Pour les réfractaires, il reste les cafés, les boutiques à souvenirs et la petite plage de galets, laquelle est encore en libre accès. Autant de joies simples que l’on peut goûter dans la petite ville de Sorrente, à une heure de Naples. Réputée pour ses superbes citrons, elle est à sa turbulente voisine ce que Cannes est à Marseille : une élégante cité balnéaire où il fait bon flâner et musarder, pour peu que le soleil soit au rendez-vous.

 

Mais attention…

Visiter Naples, c’est aller à la rencontre d’une ville contrastée, où le charme aristocratique de certaines artères – comme la Via Toledo – n’est jamais très éloigné de la misère criante qui règne dans d’autres quartiers (comme à la Porta Nolana). C’est accepter en souriant les suppléments obligés (couverts, service) que pratiquent la plupart des restaurants. C’est supporter la pollution et le vacarme des voitures et des scooters qui sillonnent la ville de jour comme de nuit, dans la plus parfaite ignorance des règles de sécurité routière. C’est prendre son parti des retards systématiques qui affectent les bus et les trains, voire apprendre à jouer des coudes dans des compartiments bondés. Si vous êtes prêts à braver ces menus inconvénients, Naples vous ouvrira ses bras et vous gratifiera de quelques merveilleux souvenirs. Dans le cas contraire, optez pour une autre destination. Mais ce serait vraiment dommage.

 

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