Journaliste photo-reporter mais aussi peintre et sculpteur, Sacha Sosno (1937-2013), bien que Marseillais de naissance, a sa vie durant entretenu des liens privilégiés avec les créateurs niçois de l’après-guerre. Il devait ainsi prendre une part active dans le choix du site et la création du Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice – le fameux MAMAC – qui est depuis 1990 la meilleure vitrine des Nouveaux Réalistes. Une telle vie, travaillée par le désir incessant de créer comme par la nécessité de dire et de transmettre, se devait d’être honorée à sa juste valeur. C’est chose faite, un an après sa disparition, avec la belle exposition que lui consacre, depuis le 10 septembre, le musée Regards de Provence.
Quoique le ton soit donné dès l’entrée avec les monumentales œuvres de Sosno – 4 tableaux et 2 sculptures – l’essentiel de l’exposition se découvre à l’étage, dans les vastes salles en enfilade. Si Sosno part toujours d’une base classique, il introduit dans ses sculptures des ajouts matériels qui signent son originalité, quand il n’évide pas ses bustes et ses silhouettes. « Un bon gardien », avec son demi-visage en bronze qui semble écrasé entre deux volumineux blocs de granit, pourrait être l’œuvre référentielle de sa statuaire. Mais on apprécie aussi, pour leur puissance suggestive, des bronzes comme « La paille dans l’œil du voisin » ou « Il n’y a pas d’obstacle ».
En tant que peintre et photographe, il oblitère l’image centrale avec des signes colorés (flèche, figures géométriques), afin de mieux montrer ce qui est ainsi caché. Son approche artistique, ambitieuse et réfléchie, est complétée ici par la présence d’autres œuvres que la sienne, notamment celles des Nouveaux Réalistes. Ensemble, elles composent un dialogue silencieux tout au long de ce parcours. Citons notamment César, Yves Klein, Arman, Martial Raysse, Niki de Saint-Phalle, Christo, Raymond Hains, mais aussi Rotraut, Jean-Claude Farhi, Max Charvolen, Jean Mas, Robert Malaval, Claude Gilli, Serge Oldenbourg ou Béatrice De Domenico. Autant de plasticiens inventifs et impertinents avec lesquels Sosno entretint jusqu’au bout des échanges amicaux. Sans doute l’une des plus belles apologies de l’art moderne qu’on ait vu à Marseille. On aurait tort de l’ignorer.
Jusqu’au 11 janvier 2015
Musée Regards de Provence
Tous les jours, de 10h à 18h
_ 04 96 17 40 40
www.museeregardsdeprovence.com







