Rome, un splendide défi au temps

Ville de tous les superlatifs, la capitale italienne reste l’une des destinations les plus prisées en Europe. à peine arrivé, on comprend vite pourquoi.

Elle fut, voici deux mille ans, la plus grande ville du monde avec, déjà, un million d’habitants. Et elle demeure la plus ancienne cité d’Europe, puisque sa fondation remonte à 753 avant Jésus Christ. Fière de ses origines mythiques (Romulus, fruit des amours de Mars et de Rhéa), elle fut la capitale d’un empire gigantesque qui s’étendait de l’Afrique du nord à l’actuelle Russie. Dominante par les armes, elle n’en fut pas moins magistrale par les sciences et les lettres, donnant à l’Europe des règles linguistiques et juridiques qui perdurent encore. Creuset de notre civilisation, on comprend pourquoi elle attire toujours des millions de touristes chaque année. Mais si beaucoup font le voyage  pour se replonger dans son glorieux passé – partout mis en valeur -, d’autres, non moins nombreux, viennent ici, mûs par leur foi chrétienne. Car Rome est aussi le berceau de la chrétienté, ville sainte, ville de pèlerinage qui abrite en son sein plusieurs centaines d’églises ; tandis que sur sa rive droite s’élève la cité du Vatican, siège du pouvoir, tant spirituel que temporel, de l’église catholique. Une ville aussi chargée en histoire ne peut laisser personne indifférent. Mais par où aborder la capitale italienne qui se déploie, des deux côtés du Tibre, sur une superficie de 1 285 kms2 ? Voici quelques propositions de promenade si, à votre tour, vous optez pour des vacances romaines.

 

D’une piazza à l’autre

Rome est connue depuis longtemps pour ses places et ses magnifiques fontaines. On les découvre par le métro ou, tout simplement, en déambulant dans ses vieilles rues pavées. Voici la petite Piazza di Trevi qui recèle la fontaine du même nom, chef-d’œuvre de l’architecture baroque, avec ses sculptures nautiques. Depuis trois siècles elle est la coqueluche des touristes qui sacrifient à la coutume de la pièce jetée dans ses eaux, afin d’y revenir un jour. Lieu de nombreux tournages, elle a été popularisée par Fellini qui y a situé l’une des scènes les plus troublantes de sa « Dolce vita » (1960). Un peu plus bas, juste après le Panthéon (depuis transformé en église), on rencontre la superbe Piazza Navone, avec son obélisque et ses trois fontaines. La plus célèbre, la fontaine des 4 fleuves, a été conçue par le Bernin en 1651. Y sont symbolisés le Danube, le Nil, le Gange et le Rio de la Plata. Faut-il dire qu’elle est animée par de nombreux saltimbanques ? à quelques enjambées de là, on peut découvrir le Campo dei Fiori, son marché mais surtout la statue du philosophe Giordano Bruno qui fut, ici même, condamné au bûcher en 1600. Son crime : avoir refusé d’abdiquer sa croyance en l’infinité des mondes. Dans le quartier du Corso, réputé pour ses boutiques de luxe, on débouche sur la fameuse Piazza di Spagna, avec ses palmiers et son escalier de 138 marches où l’on vient rituellement s’asseoir à l’heure où le soleil décline. La Piazza del Popolo – ancien lieu d’exécution – n’est pas moins incontournable, avec ses deux fontaines, ses trois églises et son obélisque entièrement recouverte de hiéroglyphes. Rapportée d’Héliopolis sous le règne d’Auguste, elle trône ici depuis 1589. De là, on peut monter à la colline du Pincio, pour profiter du magnifique Parc Borghèse et de son panorama imprenable sur les toits de Rome.

 

Cinecitta

Si, à Rome, de nombreux restaurants entretiennent sa mémoire cinématographique, un nom, pourtant, résume à lui seul cet aspect de la modernité italienne : Cinecitta. Ces studios mondialement connus furent inaugurés en 1937 – soit en pleine période fasciste – dans un esprit de rivalité avec Hollywood. Depuis, des milliers de films y ont été tournés, dont quelques super-productions américaines, comme « Ben-Hur » (1959) ou « Cléopâtre » (1963), qui trouvèrent ici les décors adaptés à leurs épopées antiquisantes. Les grands réalisateurs italiens de l’après-guerre (De Sica, Rossellini, Visconti) ne furent pas les derniers à en profiter. De tous, Fellini est sans doute celui qui a laissé ici la plus grande empreinte : un petit musée retraçant sa carrière lui est d’ailleurs consacré. Vous pourrez le découvrir pour 20 €, ainsi que bien d’autres curiosités, à commencer par des décors de bâtiments en carton-pâte. Ici, l’antiquité et le western, l’Europe et l’Amérique, semblent se chevaucher, rappelant au visiteur combien le cinéma est un art de l’illusion optique.

 

Du Forum au Palatin

Quoique le visiteur, à Rome, puisse toujours tomber, au détour d’une rue, sur un vestige de son antique magnificence, celle-ci reste quand même représentée par quelques grands sites archéologiques. Au premier rang de ceux-ci, il y a le Forum RomainForo Romano. Situé entre les collines du Capitole et du Palatin, il fut durant des siècles la place principale de la Rome antique, équivalent de l’Agora grecque. Jeux, mariages et fêtes religieuses y étaient célébrées ; et l’on se prend à rêver sur ces colonnades qui ont résisté fièrement au temps. Non loin de là, le Colisée s’impose à la vue de tous, énorme gruyère de 50 mètres de haut pour 155 de large. Construit entre 70 et 80 de notre ère, il fut le plus grand amphithéâtre de la ville, ayant une capacité d’accueil de 75 000 spectateurs. Durant cinq siècles, il fut un intense lieu de vie et de mort, témoin de combats dont la cruauté reste encore dans nos mémoires. Armez-vous de patience si vous voulez entrer dans cette usine à fantasmes, car les files d’attente y sont très longues. Sinon, à l’extérieur, vous profiterez malgré tout du spectacle réjouissant de quelques pseudo-gladiateurs toujours prêts à prendre la pose contre quelques euros. Poussez ensuite la balade jusqu’au Palatin voisin. Car c’est là, selon la légende, que Romulus, vainqueur de Rémus, décida de fonder Rome. Lieu de résidence de nombreux empereurs, les ruines de leurs somptueuses demeures se détachent encore sur cette colline verdoyante. On peut compléter ce circuit groupé (12 € pour les trois entrées) en se rendant au Circo Massimo qui fut, le tout premier, un stade réputé pour ses courses de chars. Même si, aujourd’hui, cette longue étendue herbeuse et incurvée n’accueille plus guère que des joggers.

 

Le Vatican

Plus petit état du monde avec ses 0,44 km2 et ses 836 habitants, le Vatican est, depuis 1929, le siège de la papauté et fait autorité sur 1,2 milliard de catholiques dans le monde. On y arrive assez facilement par le métro ou par le bus. Mais une fois sur la superbe place Saint-Pierre, ne vous attendez pas à accéder rapidement au palais papal ou à la Chapelle Sixtine décorée par Michel-Ange. L’attente y est, en général, très longue et mieux vaut réserver ses billets d’entrée sur Internet. Comptez 35 € pour l’ensemble des 8 musées du Saint-Siège. C’est également le prix qu’il vous faudra acquitter pour assister à une audience papale. Mais si vous considérez que la religion chrétienne doit rester étrangère aux questions d’argent, vous pouvez vous reporter sur l’une des nombreuses dépendances hors les murs de l’état pontifical. Comme, par exemple, la vieille basilique Saint-Jean du Latran dont l’entrée est parfaitement libre. Vous pourrez y admirer ses nombreuses statues de saints, son plafond baroque, son autel, sa crypte et ses reliques (où des pèlerins y déposent souvent un peu d’argent). Et – pourquoi pas ? – y allumer un cierge électrique. Car, même ici, on n’arrête pas le progrès.

 

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