Alors que Martigues célèbre, au musée Ziem, l’école de Marseille, le musée Regards de Provence revient, en ce printemps, sur l’une des figures majeures de ce mouvement : Raphaël Ponson (1835-1904). Ce varois – il était né à Solliès-Pont – a laissé une trace durable dans la mémoire locale. Elève de Loubon, il bénéficia d’une solide formation académique et connut assez vite le succès, vivant confortablement de sa production picturale (très abondante). Prisé des collectionneurs, il honora aussi des commandes publiques : à Marseille, on lui doit la décoration des salons de la Préfecture et du musée des beaux-arts de Longchamp. Si Loubon et Guigou s’attachèrent surtout à représenter l’arrière-pays provençal, Ponson, lui, se tourna vers le littoral. Sous ses pinceaux jaillirent de nombreuses vues du port de Marseille, mais aussi de Martigues, de Cassis et de Nice, comme on peut le voir ici. Sans cesse le regard cherche des points de comparaison entre ce qui a changé depuis dans ces décors et ce qui est resté à peu près identique.
Mais le territoire privilégié de Ponson fut certainement les calanques. Au cours de sa carrière, il a arpenté leurs chemins de terre et posé son chevalet dans la plupart de celles qui nous font encore rêver : En-Vau, Sormiou, Morgiou… Il a recréé dans ses toiles leurs falaises calcaires et leurs anses où les vagues viennent mourir. Un tableau de Ponson, c’est d’abord un ciel clair ou nuageux, prétexte à d’infinies nuances chromatiques. Dans un bord du tableau, il pose l’élément minéral : falaise nue ou ornée d’arbustes, petite crique, récifs marins qui cassent la linéarité du flot. Il y a enfin le facteur humain : grappes de baigneurs, pêcheurs aux prises avec les vagues, tartanes qui se détachent sur la ligne d’horizon, petits cabanons estivaux. Mais on sent bien que celui-ci n’est pas son attrait principal, qu’il ne lui sert guère qu’à magnifier une nature indomptable dans laquelle il peine à trouver sa place. Si, dans les quatre-vingts tableaux exposés ici avec leurs cadres dorés d’époque, beaucoup ne présentent qu’un intérêt anecdotique, quelques-uns, cependant, culminent au génie. C’est le cas pour cette « Plage des Catalans » que Ponson a peinte à l’approche de la nuit, avec son magnifique soleil couchant dont le jaune et l’orangé semblent pris dans un écrin, évoquent une éruption volcanique. Le reste de la scène, avec ses personnages au premier plan, se fond dans un clair-obscur porteur de sérénité. Devant lui on songe au Lorrain, en effet, mais aussi à Turner et à John Martin. Il n’y a que la nature pour offrir de tels spectacles ; encore faut-il savoir les retranscrire au mieux. C’est ce qu’a su faire Raphaël Ponson et cette exposition est un hommage mérité à cet infatigable ouvrier du sublime.
Musée Regards de Provence
Allée Regards de Provence, Avenue Vaudoyer, Marseille 2ème
Du 30 mars au 28 août 2016. Du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Tarif d’entrée: 6, 5 euros.
Renseignements au : 04 96 17 40 40 ou sur www.museeregardsdeprovence.com
Tableau en une _Raphaël Ponson « Cabanon au Vallon des Auffes »

