Peindre sans avoir le souci du lendemain est certainement un privilège pour un artiste. Ce fut celui d’Alfred Lombard (1884-1973) qui, né au sein d’une riche famille marseillaise, pût s’adonner librement à sa vocation. Cela ne l’empêcha pas de vendre ses toiles ni de répondre à des commandes parfois prestigieuses (comme la conception des décors intérieurs des paquebots Atlantique et Normandie). Pour lui, cependant, l’excellence du travail prima toujours sur son rapport mercantile. La rétrospective que propose, en ce printemps, le musée Regards de Provence nous fait redécouvrir un peintre qui, pour être associé à l’école provençale, n’en a pas moins intégré les acquis majeurs de son temps – en particulier le constructivisme et l’abstraction. Portraitiste méticuleux, auteur de nombreux nus aux expressions hiératiques, Alfred Lombard a subi, comme bien d’autres, l’influence de Puvis de Chavannes. Mais c’est peut-être, plus encore, un magnifique coloriste qui s’inscrit pleinement dans le Fauvisme triomphant du début du XXème siècle. Bon nombre de ses paysages et de ses scènes de genre n’ont rien à envier à ceux de Derain, Dufy ou Vlaminck. Cet amour de la couleur – surtout des tons chauds comme le rouge et le jaune – ne l’abandonnera jamais. On le constate ici dans les compositions abstraites, au dessin épuré, qu’il réalisa tardivement dans les années 60. Et c’est une ornementation cubiste qu’il choisira pour son hôtel particulier, à Paris. Une autre de ses dilections fut certainement le portrait familial, comme le montre tout un pan de l’exposition. Au total 57 tableaux, prêtés par des musées et des collectionneurs privés, pour revisiter avec délectation une œuvre picturale qui court sur plus de 60 années.
A cette approche monographique fait pendant une autre exposition, plus générale celle-là, « Lumières du sud ». Elle couvre plus d’un siècle de peinture et rassemble une centaine de tableaux, pour la plupart propriétés de la Fondation Regards de Provence. Cette thématique-phare de ce musée apparaitra sans doute familière à beaucoup. Elle ne doit pas empêcher de revoir attentivement les œuvres présentées, surtout lorsqu’elles sont signées par des artistes commes Othon Friesz, André Lhote, René Seyssaud ou Louis Valtat. Au chapitre des « découvertes », j’aimerais mentionner ce « Marché, place de la mairie à Aix » de Julien-Gustave Gagliardini (1846-1927) pour son surprenant sens de la lumière. Ou encore le charme naïf de « Départ au Château d’If sur le Vieux Port » de Lucien Génin (1894-1958). Sans doute appartiennent-ils à ce tiers de tableaux qui n’avaient encore jamais été montrés ici ? Il était temps de réparer cette injustice.
Du 13 mars au 23 août 2015, de 10h à 18h tous les jours.
_33 04 96 17 40 40 _www.museeregardsdeprovence.com










