Raymond Depardon, un moment si doux

Né en 1942, Raymond Depardon est sans nul doute le photographe français le plus réputé actuellement. Photographe du réel, pour préciser les choses – car la photographie artistique chasse aussi sur les terres de l’abstraction. à sa façon, il est un exemple de détermination et de travail pour tous ceux que taraude la passion de la photographie.

Depuis ses débuts comme photo-reporter en 1958, Raymond Depardon

a à peu près tout vu, tout couvert et tout exprimé avec son appareil à objectif fixe. Des dizaines de livres et d’expositions sont ainsi nées de ses pérégrinations inlassables. à quoi il faut ajouter une œuvre, non moins conséquente, de cinéaste et de documentariste. C’est dire le caractère évènementiel qui s’attache à chacune de ses manifestations. Et « Un moment très doux », sa plus récente exposition, ne fait pas exception à la règle.

Co-produite avec la réunion des Musées Nationaux et l’agence Magnum (dont Depardon est membre), elle arrive enfin à Marseille après avoir fait les beaux jours du Grand Palais, voici un an. Inaugurée en grandes pompes le 28 octobre dernier au MuCEM, elle donne à voir 137 photos de différents formats réparties sur plusieurs salles du niveau 2 – au total, une surface de 850 m2.

Pour la circonstance, Depardon a réalisé 23 photos à Marseille cette année. Elles sont visibles sur les premiers murs dès l’entrée. On y découvre, à travers son regard, une ville fortement marquée par son origine méditerranéenne, une ville du sud avec ses rues dépeuplées à l’heure de la sieste, ses ombres étirées et ses échappées vers la mer. Mais son goût pour l’instant fugitif lui fait habilement saisir l’image d’une jeune fille qui s’observe fébrilement dans une devanture vitrée. On peut la  rapprocher de cette photo, faite à Los-Angeles en 2013, où deux adolescents contemplent le spectacle de la rue derrière une vitrine de fast-food. Si la présence humaine est au premier plan dans des séries réalisées à Glasgow, au Chili et au Liban, d’autres en revanche mettent l’accent sur son absence dans un décor où tout parle d’elle : c’est le cas, notamment, pour « Ras Hôtel, Adis-Abeba » (2004). Mais ce parcours, où la couleur jaillit à chaque station, est aussi l’occasion d’une remontée subjective du temps, à l’amble des choix successifs du photographe, instants volés et isolés tout au long d’un demi-siècle d’histoire. Là, ce sont des paysans et des animaux, premiers sujets de Depardon qui rappellent ses origines rurales. Voici le portrait d’une Edith Piaf déjà au ciel (1959) ou celui, collectif, d’une réunion de starlettes parmi lesquelles on reconnaît Mireille Darc et Catherine Deneuve (1960).

Nostalgie aussi, mais dans une ornière plus politique, avec cette photo de l’impératrice iranienne Farah Pahlavi accueillie par le roi Hassan II du Maroc (1967). Autant de vues qui composent, au bout du compte,  une autobiographie « extime » (du dehors). Un moment très doux, en effet – et trop court aussi – dont on ne se détache qu’à regret.

MuCEM

7 Promenade Robert Laffont, Marseille 2

ème

_04 84 35 13 13
EXPO à VOIR jusqu’au 9 mars 2015

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