Pone, pour l’amour de la musique

 

La FF. La Fonky Family. La Section Nique Tout.

Les bad boys de Marseille, tous frères mais de mères différentes, sont de retour pour un concert événement le 19 Septembre 2015 à l’espace Julien. Tous soudés, pour un concert unique. Sold out en 48h. Une impulsion qui vient du cœur, en soutien à Pone, leur architecte sonore, au profit de la lutte contre la maladie de Charcot.

Entretien, à cœur ouvert, avec Pone. Un moment précieux, à apprécier à sa juste valeur. Retour sur les prémices de ce beatmaker hors pair. Flash back. Du graffiti, à Marseille, à l’amour de la musique.

Le graffiti, premier amour
« Je me suis arrêté en première, après 3 secondes, je n’étais pas mauvais à l’école, j’avais la tête ailleurs. Dans le rap. Dans la rue. La tête dans la rue, pas dans le sens négatif, je n’ai jamais été un délinquant, juste pour l’adrénaline que me procurait la nuit, mes potes. Mon premier passage à l’acte ? Le tag et le graffiti. Mon premier coup de cœur musical ?  Les Run DMC avec Walk this way, en 1986, j’ai 13 ans. Mais aussi LLCool J, Ice T… Le smurf, à cette époque, me frappe aussi, de plein fouet. Quand j’ai commencé à tagger, je n’avais pas la conscience de mouvement hip-hop, je ne savais même pas que c’était du tag. Je cherchais un nom. La mode était de rajouter un one à son prénom, j’ai pris un P car graphiquement c’était une lettre qui fonctionnait bien, et j’ai rajouté un one. »

Marseille

« Marseille, dans les années 90 puait le rap. On la comparait à New York, toutes proportions gardées. Une ville multiculturelle, dure, portuaire, où il y avait le mythe des voyous. La première fois que je vais à Marseille, je reste 15 jours et je crèche au Panier chez Tatou un membre de Massilia Sound System. J’y ai 2, 3 potes et j’y viens en vacances. Je rencontre une petite copine, qui fait que je reviens à Marseille, alors que j’ai 18 ans et 6 mois, pour 15 jours. Sauf que je ne suis jamais reparti. D’entrée de jeux, cela se passe bien, je trouve du taf, Je voyage avec le centre social Mirabeau. De suite un tissu se crée, tous les éléments me disent : « ne pars pas ». Je vois ma vie qui se dessine. Marseille est une ville forte, elle t’adopte d’où que tu viennes sans te poser de questions. Marseille te prend comme tu es, en pleine lumière, oui, car elle te dit « moi-même je suis violente, belle et sale. » J’habite deux ans avec ma copine, Queen K, chez ses parents dans le 15ème arrondissement, des gens simples, adorables, que j’ai adoré. Je devais rester 15 jours je suis resté 2 ans, ils m’ont littéralement adopté sans jamais me demander un franc. Mes parents flippaient à mort, j’avais 18 ans je leur ai pas laissé le choix. Ils viennent me voir, ma mère est pire qu’une mère juive, elle est d’origine espagnole. Très fier de son fils, elle a les disques d’or au mur, chez elle. Les mecs qui me disaient toi t’es pas Marseillais, je leur répondais : «  peut être plus que toi, moi je l’ai choisi cette ville. »

Marseille était à cette époque comme un parc d’attraction à ciel ouvert, pour un amoureux du rap comme moi. Une ville émergente, de 1994 à 2000, il se passait une fois par semaine un événement majeur : Soirée du Shit Squad, Logic Hip-Hop, on était hyper actif. Après deux ans avec ma copine, je déménage et prends un appart à Belsunce, 47 rue longue des capucins, dans le 1er arrondissement avec Don Choa qui vient vivre à Marseille et Ali, un pote de Toulouse. »

My heart belongs to hip-hop

« Le rap américain dans les années 90, on avait que ça à faire, le décortiquer, du coup on était des spécialistes. Il n’y avait pas internet. On achetait le The Source américain à la gare Saint-Charles. Souvent il n’y en avait plus, on se le passait entre nous. Tout comme les cd de EPMD, Pete Rock, on les faisait tourner, il y avait une vraie excitation. Avec en prime le sentiment d’appartenance à une communauté qui était, elle, mal vue. Avant de partager l’appart’ de la rue longue des Capucins, Choa venait déjà dormir, chez ma copine, dans les quartiers nord et on tirait des plans sur la comète. Le fait que Don Choa vienne habiter à Marseille a eu beaucoup d’importance dans la construction et l’unification du groupe. Fin 1994, avec la Fonky Family, on fait la première partie de Sens Unik, le 3 décembre exactement je m’en souviens, c’était le jour de l’anniversaire de Fafa, notre manager. J’avais commencé le beatmaking. Mon premier contact avec une machine c’est chez un pote, Mathias. Mr No possédait un W30 Roland : une machine qui faisait clavier sampleur, séquenceur et synthé. Il ne savait pas s’en servir, je décide d’essayer. Je m’y suis mis pendant un an ou deux puis il l’a récupéré. Trop tard j’étais piqué. J’en cherche une autre, je fais les petites annonces et j’en trouve une dans les Alpes. On part avec un pote en voiture, la chercher, on va jusqu’à affronter une tempête de neige. Autodidacte ? Oui et à l’époque cela n’avait pas la même signification qu’aujourd’hui. A l’époque il n’y avait pas internet, pas de mode d’emploi, c’était une vraie galère. Je n’étais pas du tout musicien, il y avait une barrière entre la musique et moi, que j’ai brisée (…). A l’époque tu n’avais pas de tuto sur Youtube, du coup l’approche était un peu mystique. Par désir d’originalité, j’allais chercher mes sons là où les autres n’allaient pas les chercher. Je tombais sur des bacs de disques, je les samplais. On ne pouvait pas me faire plus de mal qu’en me disant que mes sons ressemblaient à des sons ou prods existantes. J’ai lutté pour ne pas être influencé par RZA, lutté pour ne pas avoir la même Charley, la même caisse claire. Tous ces artistes avaient un tel aval artistique que je luttais pour ne pas faire du copier -coller. J’achetais aussi mes disques en stock à des radios qui fermaient, aux puces. J’étais un gros consommateur, j’ai aujourd’hui une collection de 10 000 vinyles. J’achetais en permanence. Je rentrais chez moi, je les écoutais, j’étais tout le temps en train de fouiner comme j’imagine le faisaient les autres producteurs comme Dj Mehdi, que son âme repose en paix.

J’étais un vrai malade, j’ai passé 5, 6 ans à travailler la musique, 16/18 heures par jour. Je me couchais à 4 heures du matin, et je me faisais réveiller par le Rat Luciano à 7/8 heures. C’était un lève-tôt à l’époque. Il se couchait tard, quoi, il tombait à minuit, 1 heure. Et à 7h, 8h30, il était debout. Les autres MC arrivaient en tout début d’après midi. Rien ne m’a passionné autant que de voir mes gars poser leurs textes en studio. Le premier disque d’or… Je suis tellement heureux quand je suis enfermé en studio en train de créer. J’aime créer. Je voulais être reconnu par mes pairs. On a été consacré, on a connu le succès. Quand ce que tu fais plait, c’est cool. Mais j’étais quand même mal à l’aise avec le succès. Quand ils étaient en tournée, je les laissais, je rentrais à Marseille, je n’ai pas toujours été compris mais pour moi je voulais être un beatmakeur, créer, faire de la musique…  »

(Je crois aux miracles… la rédactrice remercie Pone, pour sa confiance sans faille, Queen K & Vincent Bloch, qui  lui permettent de publier, gracieusement, leurs très belles images.)

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