Pascal Morabito ou la multitude dans l’unité

Qu’est-ce qu’être artiste aujourd’hui? Est-ce s’acharner, envers et contre tout, à faire surgir des formes nouvelles de la matière ? Ou simplement orchestrer la profusion, sinon le chaos du monde ? Avec « Multitude et unité », l’exposition qu’il présente, en cet été 2013, au Pavillon M de l’espace Bargemon, Pascal Morabito semble avoir résolument opté pour cette seconde voie. Qui pourrait d’ailleurs le lui reprocher, au vu de son parcours artistique ? A 68 ans, il a exercé avec succès sa créativité dans des secteurs à priori cloisonnés entre eux, passant avec brio du bijou d’art au parfum, de la sculpture à la photo. Vivant désormais à Bali, ce Niçois de naissance mais Marseillais de cœur n’en a pas moins gardé des liens étroits avec le Midi, où il revient périodiquement. L’accession de la vieille cité phocéenne au rang de capitale européenne de la culture ne pouvait manquer de l’interpeller. D’où ce projet qui fait la jonction esthétique entre ces deux mondes si éloignés. Il est placé sous les auspices de la nature et de ses bouleversements, vision – émerveillée – d’une planète traversée par des flux instables d’énergie, tour à tour créateurs et destructeurs. Ce n’est pas pour rien qu’un groupe de sculptures a été baptisé « Tsunami » ; ou que des poteries pêchées en mer de Chine sont disposées ici sur des bancs de sable, comme échouées, peut-être dans l’attente d’une nouvelle expertise. Elles semblent exciter l’envie des grands oiseaux en bois blanc qui tanguent sous des cieux de verre.  Bien d’autres curiosités exotiques attendent les visiteurs : bouddhas en porcelaine, statuettes en bois brûlé, figurines du folklore indonésien. Il y a aussi ces productions naturelles – tronc de teck foudroyé, concrétions volcaniques, pierre fendue en forme de sourire – qui donnent parfois à penser que la nature imite l’art. Il faut d’ailleurs voir avec quel bonheur Pascal Morabito les présente au public, pièces maitresses d’une collection où le hasard n’en finit pas de fêter ses noces avec la beauté. Au total, un millier d’objets spécialement acheminés pour les besoins de cette exposition (organisée en partenariat avec l’agence Marsdesign). Entre tradition et art contemporain, elle est certainement l’un des points forts de l’été marseillais, invitation au voyage et à la joie du partage culturel. En cela Pascal Morabito, démiurge serein, a d’ores et déjà gagné son pari.

Du 9 août au 15 septembre 2013
Pavillon M
, place Villeneuve-Bargemon,
13002 Marseille

Entrée libre, tous les jours, de 11h à 20h

 

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