Musée Granet, coup d’œil sur dix années d’acquisitions

Dix ans après sa réouverture, le musée Granet expose le meilleur de ses acquisitions récentes.

Comment se constituent les collections muséographiques ? Et comment s’affirme, au fil du temps, l’identité d’un musée ? Ces deux questions – essentielles – justifient à elles seules la nouvelle exposition du musée Granet. En mettant l’accent sur les acquisitions réalisées au cours de ces dix dernières années, Bruno Ely, son éloquent conservateur, y apporte quelques réponses, qu’elles se déclinent en achats, leg, dation ou donation, chaque terme recouvrant des situations juridiques distinctes. Mais surtout il réaffirme le dynamisme de ce musée régional depuis sa réouverture en 2006, ayant fait sienne la maxime d’un autre conservateur, Pierre Rosenberg (ex-président du Louvre) : « Un musée qui ne s’enrichit pas est un musée qui meurt ».

Loin de se limiter au fonds ancien, cette volonté d’accroissement embrasse aussi l’art moderne et contemporain, dessinant ainsi une nouvelle thématique particulièrement éclectique. Si près de trois cents œuvres (émanant de cinquante artistes différents) sont entrées, durant cette décennie, dans les réserves du musée, ce sont seulement cinquante d’entre elles qui sont montrées ici selon une scénographie qui va, bien sûr, du plus ancien au plus récent.

Les deux premières salles sont donc dévolues à des œuvres classiques et romantiques : scènes d’histoire (Michel Serre, Pierre Révoil), nature morte (Meiffren Comte), bas-relief (Antoine Duparc), aquarelle (Jean-Baptiste Camille Corot) et, logiquement, des études du fondateur éponyme François Marius Granet. Une salle entière est consacrée à Cézanne, même si celui-ci – vu ses prix actuels – n’est guère présent qu’avec un dessin et un petit portrait d’Emile Zola, faisant la part belle aux hommages rendus par d’autres peintres (Charles Camoin, Maurice Denis, Jean-Baptiste Guillaumin) au maître aixois. On retrouve un peu de son héritage dans la vivacité estivale des œuvres sur papier d’Henri Cueco et dans le tryptique hivernal de Jean-Michel Othoniel. Alors que la salle suivante met à l’honneur Jean Planque et sa collection, à travers les œuvres de Max Papart, Lucien Clergue, Victor Prouvé, Pierre Tal-Coat, Simon Kogan et Jean Le Gac, dont on peut voir ici un magnifique tableau en hommage à Picasso.

Un peu plus haut, dans les escaliers, c’est Bernard Plossu qui fait cavalier seul avec une série de 74 photos en noir et blanc, « La montagne blanche » – qu’il a d’ailleurs offert au musée. à l’étage, les trois dernières étapes donnent à voir des œuvres de Jean Cocteau, André Masson et François Ganeau (inspiré par le festival d’art lyrique d’Aix). Le groupe aixois Bibémus y est représenté avec les très estimables travaux de Gabriel Laurin et André Marchand – dont l’admirable « Jeux d’été » a été récemment acheté par le musée.

Figure considérable de l’art abstrait, Pierre Alechinsky clôture ce parcours alléchant en montrant, avec « Séculaire », la part du feu. Tandis que Philippe Favier nous force à nous pencher sur les mini-portraits d’inconnus qui composent la trame de son collage photographique « Sciophiligranes ».

Une suite faisant émerger les acquisitions encore cachées du musée Granet est-elle en préparation ? Nous le souhaitons ardemment.

Du 30 janvier au 24 avril 2016

Musée Granet
Place Saint-Jean de Malte
Aix-en-Provence _04 42 52 88 32
www.museegranet-aixenprovence.fr

Tableau en une _Maurice Denis

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