Musée des beaux-arts Longchamp

Pour ceux qui, comme moi, ont fait leurs premières armes au musée Longchamp, la réouverture de ses galeries permanentes, samedi 1er février, était une excellente nouvelle. Dans cet espace hors du temps, nous allions enfin revoir quelques chefs-d’œuvres de Pierre-Paul Rubens (« La chasse »), Pierre Puget (« Alexandre et Diogène »)  ou Michel Serres (« Vues de Marseille durant la grande peste »), nous immerger dans le passé de Marseille et de la Provence à travers les vues réalistes d’Emile Loubon et de Paul Guigou, méditer sur la vanité des choses humaines à travers tel ou tel portrait d’Elisabeth Vigée-Lebrun. Car ces collections, qui ont trouvé ici leur cadre définitif en 1873, constituent un panorama certes succinct mais édifiant de la peinture occidentale depuis le XVIIeme siècle.  Encore faut-il, pour en comprendre les secrets, les différences  et l’évolution, des éléments de présentation, que ce soit sous la forme de commentaires écrits ou de vidéogrammes. Or, force était de constater, durant ce week-end de réouverture, que rien de tout cela n’a été fait. Attirée sans doute par la gratuité momentanée du musée, une foule dense et palpitante – on parle de 12 000 visiteurs – parcourait en tous sens les vastes salles rénovées. Sans que rien ni personne ne les orientât ou ne les informât, les gens passaient ainsi de l’école hollandaise à l’école italienne puis à l’école française, sans d’enchainement ni délimitation – la scénographie étant aussi inexistante que l’appareil pédagogique. Comment, par exemple, apprécier l’audace des bustes satiriques d’Honoré Daumier (regroupés dans une vitrine obscure du deuxième niveau) sans un minimum d’éclairage historique et politique ? Il ne suffit pas de mettre un vieux musée aux normes actuelles et de lui ajouter un espace librairie en fin de parcours ; il ne suffit d’intensifier la communication  et d’accroître le personnel de surveillance ; il faut encore mobiliser des spécialistes qui permettent au public de voir les œuvres exposées avec les lunettes de l’Histoire (ne fut-ce que pour mieux en goûter la beauté intrinsèque). Sans cela, on passe à côté de la mission éducative propre à un musée des beaux-arts. Même redevenue, après une année de festivités culturelles, une simple ville de province, Marseille mérite mieux.

Palais Longchamps
21 Bd Philippon, Marseille 4ème
_04 91 14 59 25

Photo ci-dessus : Pierre Puvis de Chavannes, Marseille, colonie grecque, 1869, Huile sur toile marouflée sur le mur.
Ci-dessous : Françoise Duparc, Femme à l’ouvrage,collection musée des Beaux-Arts, Marseille Photographie Jean Bernard

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