Tout comme Picasso hier et Jeff Koons aujourd’hui, Andy Warhol (1928-1987) est l’un des rares artistes à avoir été starifié de son vivant. Le publicitaire qu’il fut à ses débuts sût parfaitement saisir l’évolution consumériste de la société américaine, avant de lancer lui-même ses propres modes et tendances. Comme personne avant lui, il a mis en lumière la dimension commerciale et reproductible de l’art, quitte à le transformer en marchandise de luxe. Mais le pape du Pop-Art fut aussi, sa vie durant, un collectionneur passionné, accumulant des archives gigantesques : photos, dessins, lettres, certificats, pochettes de disques, affiches de films, tee-shirts sérigaphiés petits objets sentimentaux. Ce bric-à-brac fabuleux – aujourd’hui propriété du musée Warhol de Pittsburgh (Pensylvanie), sa ville natale – occupe pas moins de 610 cartons. Rebaptisés par l’artiste du joli nom de « time capsule », ils n’ont été que peu montrés en Europe, leur dernière exposition, à Francfort, remontant à 2004.
Les huit « time capsules » dûment numérotées – 4, 5, 50, 63, 68, 74, 522, 526 –, qu’accueille présentement le Musée d’Art Contemporain de Marseille, peuvent paraître dérisoires au regard de leur nombre global ; elles n’en occupent pas moins 6 salles de ce musée particulièrement spacieux. On déambule avec curiosité devant ces tables-vitrines où transparait un peu de l’âme de Warhol. Au-delà de l’anecdote personnelle, c’est à une plongée dans l’Amérique des années 60-70 qu’elles nous invitent, avec ses aspirations à une plus grande liberté sexuelle et raciale, avec ses acteurs et ses actrices érigés en véritables icônes.
La « time capsule » N° 4 est peut-être la plus émouvante, car elle regroupe les nombreux messages de sympathie que Warhol reçut en 1968, après qu’une déséquilibrée ait tenté de l’assassiner. A ces documents s’ajoutent, bien sûr, accrochées aux murs du musée, des sérigraphies de son cru. Les plus intéressantes ne sont sans doute pas celles, trop bien connues, de Liz Taylor ou de Mao mais, davantage, ses compositions florales semi-abstraites ou le portrait de Julia Warhola, sa mère. Deux dispositifs de projection complètent cette exposition atypique. Le premier est consacré à l’œuvre cinématographique de Warhol, avec des extraits de quatre de ses films ; le second diffuse la totalité de « Songs for Drella », concert que John Cale et Lou Reed, fils spirituels de Warhol, donnèrent en son honneur en 1989, soit deux ans après sa disparition. Là se trouve sans doute la clé de ce projet car, de l’aveu même de Thierry Ollat, directeur du MAC, c’est en écoutant cet album incantatoire qu’il a eu l’idée de cette exposition. On le comprend tout à fait.
Andy Warhol, Time Capsules
Jusqu’ au 12 avril 2015.
MAC
69, avenue d’Haïfa, Marseille 8ème
_04 91 25 01 07.
Du mardi au dimanche. Prix d’entrée : 5 euros.

