Aux origines de l’école de Marseille il y a sans doute l’engouement artistique pour le paysage qui émerge et grandit dès la première moitié du XIXème siècle. Les peintres quittent enfin leurs ateliers pour s’en aller travailler sur le motif ; ce sera le pari et le succès de l’école de Barbizon. Mais le ciel, le soleil, l’eau et les arbres ne sont pas les seuls attributs de la région parisienne. La Provence, elle aussi, est digne d’être peinte avec ses particularités folkloriques et géographiques. C’est ce constat que fait, dès son retour de Paris, le peintre aixois Emile Loubon. Autour de lui viendront rapidement s’agréger d’autres peintres. Si la plupart sont natifs du terroir provençal (comme Paul Guigou), il y a aussi quelques immigrés du dedans, comme le nordiste Prosper Grésy ; mais tous sont convaincus, avec enthousiasme, de leur mission artistique.
Peu à peu s’organise ce qui va devenir, en 1859, l’école de Marseille. La première, du moins, car d’autres, au siècle suivant, allaient poursuivre ce sillon en l’enrichissant de nouvelles thématiques. Et c’est sans même parler des influences qu’elle exercera sur des individualités aussi considérables que Cézanne et Van Gogh.
Ce sont ces commencements que s’attache à montrer l’exposition organisée en ce printemps par le musée Ziem de Martigues. Loin de mettre seulement en valeur les œuvres des trois fondateurs sus-nommés, elle ménage aussi la part de leurs héritiers : Auguste Chabaud, André Derain, Raoul Dufy, René Seyssaud, Alfred Lombard, Pierre Girieud ou Louis-Mathieu Verdilhan. Parmi leurs œuvres regroupées dans les deux salles du rez-de-chaussée, il y a quelques acquisitions récentes, ce qui justifie cette scénographie plutôt paradoxale. C’est à l’étage que l’on découvre le corps de l’exposition, avec les tableaux des artistes tutélaires. Même si leurs sujets les rapprochent, les différences, entre eux, sont sensibles. Loubon est un styliste doublé d’un grand coloriste : on peut le mesurer devant une toile comme « Paysage provençal avec scène de retour du marché » (1850). Guigou est plus sec, plus photographique (« Les Martigues »,1868), tandis que Grésy donne volontiers dans le réalisme allégorique (« Baigneuses dans un paysage », « Bords du Rhône »). Auguste Aiguier et Vincent Cordouan exaltent, eux aussi, les beautés tourmentées du littoral. Et Fabius Brest nous étonne par son sens aigu de la perspective (« Paysage de la Nerthe avec le tunnel du Rove »).
Maniériste de génie, Adolphe Monticelli bénéficie d’une salle pour lui tout seul. Quant à Raphaël Ponson et Jean-Baptiste Olive, ils complètent avec maestria ce panorama d’une école toujours très prisée par les collectionneurs. On ne terminera pas cette visite sans passer par la salle consacrée à l’éponyme Félix Ziem, martégal d’adoption et maître incontesté de la marine vénitienne. Pas plus qu’on ne négligera, de retour au rez-de-chaussée, les merveilleuses affiches de David Dellépiane. Une plongée dans la mémoire de notre région qui séduira certainement un large public. D’autant plus que l’entrée est gratuite. Profitez-en !
Musée Ziem de Martigues
Boulevard du 14 juillet, 13500 Martigues
Jusqu’au 12 juin 2016. Du mercredi au dimanche, de 14h à 18h.
Tel : 04 42 41 39 60
Tableau en une _Fabius Brest « Paysage de la Nerthe avec le tunnel du Rove », 1848

