La folle histoire du Père-Noël

 

Nous avons tous cru au Père-Noël et attendu impatiemment ses cadeaux. Mais qui est-il exactement ?

Petit Papa Noël : ces trois mots – premières paroles d’une chanson indémodable -, nous les avons tous prononcés ou écrits un jour, le cœur rempli d’attente. Nous avons tous décoré un sapin miniature et placé nos chaussures devant (à défaut de cheminée). Nous avons tous sursauté de joie en apercevant, à l’entrée d’un grand magasin, un gros bonhomme à barbe blanche, vêtu en rouge de pied en cap, sans nous douter qu’il était surtout une aubaine pour des comédiens au chômage. Mais qu’importe de savoir qui endosse, pour la énième fois, son costume ! L’important n’est-il pas que le « mythe » perdure et qu’il apporte un peu de bonheur aux enfants ? Pourtant, le Père-Noël a, lui aussi, une histoire complexe. Et celle-ci n’est pas aussi chrétienne que la fête à laquelle il emprunte son nom.

Divins ancêtres

Aux origines du Père-Noël, il y a peut-être Odin, dieu principal du panthéon scandinave, équivalent du Jupiter gréco-latin. Il y a peut-être le géant Gargan, fils du dieu celte Bel. Mais il y a, de façon certaine, Saint-Nicolas, évêque d’Asie mineure qui mourût sous le règne de Dioclétien, vers 345 de notre ère. Ce saint, fêté le 6 décembre, est le protecteur des petits enfants depuis qu’entre autres miracles, il ressuscita trois écoliers tués, dépecés et mis au saloir par un ogre aux allures d’aubergiste. Au Moyen Âge, Saint Nicolas va donc, le premier, distribuer des cadeaux aux enfants sages, un peu avant Noël. Il est parfois représenté avec une escorte de lutins vêtus de rouge et de blanc et a, pour antithèse, le Père Fouettard qui punit, lui, les enfants trop désobéissants (une pédagogie qui a fait ses preuves !). Au fil du temps, la légende de Saint Nicolas connaîtra bien des avatars. Si, dans certains pays, on lui reproche d’intervenir en lieu et place de Jésus, il connaît un certain succès dans les pays réformés, en particulier en Hollande où il devient, dès 1520, Santa Claus. Toutefois, c’est en Amérique qu’il va susciter, à partir du XVIIIeme siècle, un véritable engouement. D’abord représenté dans une allure austère, il va peu à peu devenir un personnage rond et jovial avec sa barbe blanche, son bonnet et sa casaque rouge bordée d’hermine. Bientôt, on lui adjoindra un traîneau tiré par des rennes pour effectuer sa tournée hivernale de cadeaux. Sa construction iconique était à peu près achevée. Une autre étape, plus commerciale, pouvait débuter.

Cinéma, chanson et publicité

Dès le tout début du XXème, le cinéma commence à s’intéresser au personnage du Père-Noël. Voilà un bon filon à exploiter et un champ d’application pour ses premiers effets spéciaux. Georges Méliès, Thomas Edison, D.W. Griffith et surtout Walt Disney vont le décliner, chacun avec ses moyens et son esthétique. Chroniques sociales (« Miracle dans la 34eme rue », « L’assassinat du Père-Noël ») ou comédies populaires (« le Père-Noël est une ordure »), des dizaines de films s’ensuivront, qui jouent de façon souvent iconoclaste avec sa légende. Ce ne sera pas moins fructueux du côté de la chanson. En 1941, le crooner Bing Crosby pulvérise les records de ventes avec « White Christmas ». Et quinze ans plus tard, Elvis Presley adaptera le chant de Noël à la sauce rock avec « Santa Claus is back in town ». En France, c’est Tino Rossi qui remporte la mise en 1946 avec « Petit Papa Noël » (extrait de son film « Destins »). En vinyles, en cassettes ou en CD, il se vendra à trente millions d’exemplaires – dont vingt-deux millions pour la seule France. Un record inégalé dans la chanson française. Comme quoi, le Père-Noël peut enrichir ceux qui croient en lui ! La publicité ne sera pas en reste, voyant vite le parti qu’elle pouvait tirer d’un tel personnage. Avec elle, la fête des enfants allait devenir celle des commerçants. Ainsi, l’industrie du tabac, à son apogée dans les années 50, exploitera sans vergogne son image. Et Coca-Cola réadaptera le blanc et le rouge de son costume à sa propre marque, montrant un Père-Noël se désaltérant avec son acide boisson entre deux livraisons de jouets. Naturellement, l’américanisation du mythe allait s’exporter bien au-delà des USA.

Quand la science s’emballe

Le Père-Noël a-t-il une adresse en ce monde ? à quelle vitesse doit se déplacer son traîneau pour desservir tous les foyers qui l’attendent ? Des questions qui peuvent paraître bien farfelues mais que des gens réputés savants se sont pourtant posées, avec des conséquences surprenantes. Selon certains, le Père-Noël aurait établi sa demeure en Laponie, à Napapiiri exactement, sur la colline de l’Oreille qui culmine à 483 mètres. D’où la création, dès 1958, d’un Santa Claus Village à proximité. Ce qui sera suivi, en 1983, par l’ouverture d’une ligne aérienne reliant Londres à Rovaniemi, la capitale de la Laponie Finnoise. Restait le problème du transport des cadeaux. En 1972, l’astronome américain Carl Sagan avança l’hypothèse suivante. Pour visiter seulement les 90 millions de foyers américains en 31 heures, il lui faudrait effectuer 522,5 escales par seconde. Bon, il lui faudrait quand même un traîneau de 321 300 tonnes tiré par 214 200 rennes. Imposant mais parfaitement réalisable, comme on le voit. Tout aussi sérieusement, Larry Silverberg se basa sur la théorie einsteinienne de la Relativité pour imaginer un Père-Noël se déplaçant dans une bulle d’espace sur le continuum spatio-temporel – lequel peut être étiré ou compressé à volonté. Simple comme un jeu d’enfant !

Pour conclure

Le 24 décembre 1951 à Dijon, face à 250 enfants, des prêtres brûlèrent une effigie du Père-Noël devant la cathédrale Sainte Bénigne. Ils voulaient ainsi protester contre un folklore païen qui venait concurrencer la fête de la Nativité. L’affaire fit alors grand bruit et réactiva de vieilles dissensions dans la société française. Elle devait, l’année suivante, inspirer au grand ethnologue Claude Lévi-Strauss une remarquable étude, « Le Père-Noël supplicié ». Appliquant à ce mythe occidental des méthodes d’analyse expérimentées sur les sociétés primitives, il y mettait en évidence l’opposition entre les classes d’âge (enfants-adultes) et les rites de passage qui s’y rattachent. Pour lui, les enfants – tout comme dans la fête d’Halloween – symbolisent les défunts qui viennent, à Noël, réclamer leur dû aux vivants. Ainsi, les offrandes que les « grands » font aux « petits » équivaudraient à des prières adressées aux forces de l’au-delà, afin que la vie triomphe toujours de la mort. Pensez-y dans quelques semaines, quand vos enfants seront couchés et qu’il sera l’heure de déposer vos cadeaux au pied du sapin enguirlandé…

 

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