IAM, toujours de la planète Mars

IAM est un groupe mythique dans le panorama du rap français en particulier et dans la culture hip-hop en général. 25 ans d’existence, un million d’albums vendus avec « L’école du micro d’argent », un featuring avec Method Man et Redman qui prend des allures de punchlines, une passion, toujours intacte, une chance bousculée, un film percutant « Comme un aimant », des groupes de rap marseillais mis en lumière : Psy4 de la rime, Fonky Family, « Les Bad boys de Marseille » de la Section Nique Tout, un titre, découvert sur le premier album de Chill : « Métèque et Mat ». Pléthore d’albums solos : « Sad Hill » de DJ Khéops, « Sol Invictus » d’Akh, « Où je vis » de Shurik’n, gravés dans les mémoires collectives, 10, 15, 20 ans après leurs sorties. Avec, aujourd’hui, près de 800 000 vues en un mois sur You Tube pour le clip « Les raisons de la colère », la magie continue d’opérer.

 

Demain c’est loin

Quel chemin parcouru depuis la sortie en douce de la K7 « Concept »… Akh cite un proverbe tibétain : « Le bonheur n’est pas au bout du chemin, le bonheur est le chemin ». Qui a dit que les rappeurs n’étaient pas des poètes des temps modernes ?

 

La fin de leur monde

Avec « Les raisons de la colère », IAM fait un clin d’œil à Steinbeck, la pauvreté et l’obligation de migrer pour trouver sa place, un sujet brûlant toujours d’actualité. IAM a toujours éveillé les consciences. En témoigne la prise d’assaut des Victoires de la musique en 1999, cagoulés ils affirment avec engagement l’indépendance d’un genre musical qui mérite son sacre. Freeman revendique : « On vient pas de France, on vient de Marseille ».

 

Notre dame vieille

L’amour pour leur ville reste intact ? Le premier concert d’une longue tournée dédiée à « Arts Martiens » sera à Marseille. « Marseille une ville qu’on aime profondément. Même si parfois on se sent mal aimé dans notre propre ville, on est dix fois mieux accueilli à Lyon par exemple ». Khéops évoque le potentiel de Marseille, pas encore exploité à sa juste valeur. Akh dénonce « un système de fonctionnement archaïque identique à celui d’après-guerre ». Et rêve d’une métropole, avec un accès à la culture aux jeunes des quartiers Nord.

 

Laissez-nous danser

Malgré le constat amer inhérent à notre société actuelle qui se dégage d’« Arts Martiens », IAM  sait encore se la jouer ludique avec Marvel par exemple. DJ Khéops, génie du scratch, ressent et évoque la joie qui se dégage de ce morceau : « avec les voix qui présentent chaque couplet, on a beaucoup ri, c’est le morceau comique de l’album, dans sa construction en tous cas ».

 

Noble art

Chill nous confie : « Ma vie je la dois au rap, parce que mon style de vie je le dois au rap. À 44 ans, j’ai donné 29 ans de ma vie au rap. À écouter cette musique, à vivre hip-hop, à penser hip-hop ». Akh cite l’ouverture d’esprit du hip-hop comme une curiosité vive qui l’a toujours poussé à s’intéresser à tout ce qui l’entoure. Les préceptes d’une musique qui sont au départ : peace, unity, love and having fun. Akh rêve d’un lieu dédié à la culture hip-hop, « cela existe à Lille, va exister à Toulouse. On va finir par réussir à le faire avec des marques ». Avec, en fil rouge, le désir de relancer la culture et la scène marseillaise avec un micro ouvert. L’idée ? Retrouver l’effervescence, la spontanéité propre au rap d’il y a 25 ans. Un enthousiasme et une créativité qui existent toujours, mais qui sont noyés.

 

« On prend ce qu’il y a prendre dans les souvenirs ». « On est bien peu de choses et mon amie la rose me l’a dit ce matin ». Chill évoque « Mon amie la rose » : « la plus belle chanson sur la mort qui a été écrite ». Les cordes qui introduisent la version interprétée par Françoise Hardy lui rappellent ce qu’il aime dans la musique arabe : sa poésie. Il évoque « Les nuits des amandiers » de Cheikh Imam, un célèbre contestataire égyptien. Un voyage pour l’âme, le cœur et les sens. « Nous sommes des hommes libres, debouts et nos faits d’armes resteront dans les mémoires ».

 


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