Dans la vie des hommes et des femmes du XXème siècle, il y eut l’expérience directe de la guerre. Les artistes ne furent pas moins touchés et beaucoup furent poussés à choisir leur camp. Antinazi convaincu, Hans Hartung (1904-1989) choisira, comme beaucoup d’autres allemands, celui de la liberté et de la France. C’est ainsi qu’il contractera, entre 1939 et 1944, deux engagements dans la Légion Etrangère. Il reviendra du front (où il servait comme brancardier) amputé de la jambe droite. Le peintre – qu’il était déjà – tirera de cette infirmité une énergie créatrice renouvelée. C’est à Antibes, où il s’installa après la guerre avec son épouse, l’artiste-peintre suédoise Anna-Eva Bergman, qu’il allait produire une œuvre parmi les plus originales de l’abstraction lyrique.
Une telle existence, généreuse et passionnée, méritait une exposition à sa mesure. On l’attendait logiquement à Paris, au Musée d’Art Moderne ou au Centre Georges Pompidou. C’est pourtant à Aubagne, par les efforts conjugués du centre d’art des Pénitents Noirs et du Musée de la Légion Etrangère, qu’elle est aujourd’hui visible jusqu’à la fin de l’été. La dimension exceptionnelle de cette exposition n’a pas échappé à la presse parisienne qui s’est déplacée pour son inauguration.
Pour la plupart, les soixante œuvres présentées – tableaux à l’huile et à l’acrylique, dessins, peintures sur papier – proviennent de la Fondation Hartung-Bergman, à Antibes. Etayées par des commentaires précis et de nombreux documents d’archives, elles sont réparties selon une chronologie rigoureuse. Dans la chapelle des Pénitents Noirs sont accrochées les dix-sept grandes acryliques qu’Hartung peignit entre le 11 et le 16 juillet 1989 – soit cinq mois avant sa disparition – dans une sorte de fièvre créatrice. Une rare vitalité émane de cette peinture aux harmonies profondes, tour à tour débordante et parcimonieuse ; une rare liberté, aussi, au niveau de ses tracés et de ses coulées puisqu’Hartung usait pour cela d’une sulfateuse agricole. L’œil suit avec allégresse ces aléas si maitrisés dans lesquels se concentrent soixante et quinze années de gestes picturaux.
On retrouve cette vivacité du trait dans les œuvres exposées au Musée de la Légion, quoique d’une façon beaucoup plus architecturée. Composées durant les années de guerre et juste après, elles témoignent de ses multiples recherches dans lesquelles on décèle l’influence de Kandinsky, Picasso et même du Surréalisme. Mais leur originalité n’en est pas moins évidente et on ne peut qu’admirer cette série semi-abstraite de portraits d’anonymes ou ces petites huiles sur papier qui fourmillent en signes complexes.
Un beau catalogue, conçu et dirigé par Fabrice Hergott (commissaire de l’exposition) a été édité par les éditions Gallimard en partenariat avec la Fondation Hartung-Bergman : il est disponible au prix de 29 euros. Par ailleurs, de nombreuses activités – conférences, spectacles de danse, concerts, ateliers, projections – accompagnent cette exposition évènementielle qui fait d’Aubagne une destination incontournable dans le panorama artistique du printemps et de l’été 2016 en France.
Centre d’art les Pénitents Noirs, les Aires Saint-Michel, 13400 Aubagne _04 42 18 17 26
Musée de la Légion Etrangère, Chemin de la Thuilière, 13400 Aubagne _04 42 18 12 41
Jusqu’au 28 août 2016. Du mardi au dimanche, de 10h à 12h et de 14h à 18h. Entrée libre.
Tous renseignements sur www.hanshartung-aubagne.net