Etre femme dans la Grèce Antique

La Grèce antique, berceau de la démocratie ? Certainement, mais pas pour les femmes.

Faire vivre, en notre époque, un musée d’archéologie, surtout aussi riche et prestigieux que le MAM (Musée d’Archéologie Méditerranéenne) n’est en rien une sinécure. Comment, en effet, parler avec des vestiges aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui ? Comment leur donner envie de s’aventurer dans ces galeries tamisées, avec leurs vitrines chargées de formes culturelles révolues, sinon en définissant une thématique bien précise qui résonne avec leurs préoccupations ? Cette tâche-là est celle de Muriel Garsson, directrice du MAM et commissaire de l’exposition « être femme dans la Grèce Antique ». Tout comme la précédente, « Voyages extraordinaires », elle s’appuie sur une sélection parcimonieuse d’objets anciens – soixante-dix, pas plus – et des commentaires clairs et rigoureux. Le parcours est concis. Et s’il n’interdit pas de musarder dans les collections permanentes, il ne gave pas non plus le public d’informations, le ramenant toujours à l’objet de sa visite. Celui-ci a tout ce qu’il faut pour nous donner matière à réflexion et nous permettre d’établir des points de comparaison avec la condition actuelle des femmes.

Aussi avancée qu’ait été la Grèce classique, c’était une civilisation qui ne laissait aucun pouvoir aux femmes. Elles n’y avaient aucune représentation sociale, alors même que l’homme grec honorait bien des divinités féminines. La vie de la plupart d’entre elles se déroulait dans leur foyer avec, pour but principal, de fournir de beaux enfants à la cité. Comme une borne nous le rappelle, elles étaient, dès l’enfance, éduquées à des fins matrimoniales. Le mariage obéissait à des rites très précis et se négociait d’abord entre le prétendant et le père de la future mariée. Ce n’est pas que les Grecs anciens ignoraient l’amour ; ils en avaient même des idées bien définies. Mais ils réservaient ce sentiment à d’autres femmes que leurs épouses: maîtresses, courtisanes, voire simples prostituées. Elles représentaient l’autre face de la condition féminine en Grèce. Et si, pour les épouses, l’austérité vestimentaire était de mise, ce n’était pas le cas pour ces autres catégories de femmes, en particulier pour le maquillage et les teintures dont elles usaient abondamment. Nous pouvons contempler ici quelques-uns de ces marqueurs vestimentaires et cosmétiques. Ils sont étayés par des extraits de pièces littéraires et philosophiques (Sophocle, Eschyle, Aristote, Xénophon). Car la culture se faisait déjà l’écho de la condition féminine et de ses désidératas. Il est d’ailleurs significatif que l’art grec ait si peu représenté la nudité féminine, contrairement à celle des hommes.

Les femmes modernes auraient tort de s’indigner en découvrant le destin de leurs lointaines consœurs. Car on ne peut juger les mœurs du passé avec les normes du présent. En revanche nous avons tous, hommes et femmes, des raisons de nous insurger devant le sort fait aux femmes dans bien des pays dits « avancés » en 2015. à peu de choses près, il est comparable à celui de la femme grecque voici deux mille cinq cents ans. Prendre conscience des anachronismes culturels qui bloquent l’évolution de l’humanité : c’est à cela aussi que sert une telle exposition.

 

Etre femme dans la Grèce Antique – Jusqu’au 23 mai 2016
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h. _Entrée : 5 euros.

La Vieille Charité, 1er étage
2 rue de la Charité, Marseille 2ème _04 91 14 58 59 _www.marseille.fr

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