Emmanuel Krivine au Grand Théâtre de Provence

Le Grand Théâtre de Provence accueille la Chambre Philharmonique pour une résidence de trois saisons et nous pourrons y retrouver le grand chef d’orchestre Emmanuel Krivine. Ce dernier a débuté sa carrière en tant que violoniste puis s’est consacré à la direction d’orchestre. Directeur musical de l’Orchestre National de Lyon puis de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, il fonde en 2004 la Chambre Philharmonique réunissant des musiciens de différentes formations européennes jouant sur des instruments adaptés aux œuvres qui se sont notamment distingués pour leur enregistrement de l’intégrale des symphonies de Beethoven. Pour ouvrir la saison, Emmanuel Krivine a choisi le romantique Brahms avec la symphonie n°3 et le concerto en ré majeur accompagné au violon par l’éblouissante Patricia Kopastchinskaja.

TM : Quel rapport entretenez-vous avec Aix-en-Provence ?

Emmanuel Krivine : Je viens à Aix depuis toujours ! Je venais déjà au festival Musique dans la Rue lorsque j’étais jeune dans les années 70. J’ai même été professeur là-bas. J’ai beaucoup d’amis dans la région et puis mon père était médecin pas loin dans les Alpes-de-Haute-Provence. C’est un grand plaisir de revenir ici.

TM : Les origines russes et polonaises de vos parents vous ont-elles enrichi musicalement ?

EK : Il y a beaucoup de peuples doués pour la musique, les Russes et les Polonais en font indéniablement partie. Dans la vie, la musique vient avant la parole, les sons bien avant les mots, alors oui, on peut dire que j’ai dû être sensibilisé à la musique russo-polonaise dès mon plus jeune âge.

TM : Connaissiez-vous le Grand Théâtre de Provence ?

EK : Je suis déjà venu au Grand Théâtre, notamment lors du Festival de Pâques de Renaud Capuçon qui est très chouette. C’est une chance pour cette région d’avoir cette salle. Le vieux casino qui a été démoli n’avait pas une si bonne acoustique. En plus, l’équipe du GTP est très sympa, il  y a une bonne ambiance.

TM : Quelle a été votre collaboration avec Dominique Bluzet, le directeur du GTP ?

EK : Je suis très reconnaissant à Dominique Bluzet de nous avoir offert cette résidence, c’est un plaisir et un honneur.Nous avons établi la programmation ensemble. C’est idéal quand les salles et les résidences collaborent.

TM : Vous êtes tous les deux attachés à la transmission, notamment celle avec les jeunes.

EK : C’est très important de s’occuper des jeunes car c’est le public de demain. Mais c’est aussi celui d’aujourd’hui, il ne faut pas l’oublier, et il faut les amener à s’intéresser à la musique classique. C’est bien que la musique survive à l’ère du digital, c’est nécessaire. C’est comme l’eau de source qui jaillit, il faut absolument que tout le monde ait accès à ça.

TM : Pourtant à Aix, les festivals de Pâques et d’Art Lyrique attirent plutôt un public de connaisseurs ou d’habitués…

EK : Oui mais ça ne veut pas dire que les autres ne peuvent pas y aller. Ce n’est pas parce que « les bourgeois » se sont emparés de la musique classique qu’elle n’est faite que pour eux. Pour autant, l’accessibilité n’est pas qu’une question de prix. Lorsque les salles proposent des tarifs attrayants, ça ne marche pas forcément mieux.

TM : Vous avez créé la Chambre Philharmonique en 2004. Quel est son fonctionnement ?

EK : Nous avons cinq ou six projets par an pour éviter la routine. Les musiciens se choisissent en cooptation, ils ne sont recrutés ni par moi, ni sur concours. Enfin nous sommes tous payés pareil, chef compris !

TM : Vous travaillez sur des instruments d’époque : que cela signifie-t-il ?

EK : C’est la particularité de notre formation ! « Instrument d’époque » ne veut pas dire « instruments baroques » mais réalisés avec les matériaux et techniques de fabrication de l’époque du compositeur : des cordes en boyaux, des timbales en peau… Si l’on doit reprendre une partition de 1920, on tente de s’adapter. La fabrication des instruments de musique a beaucoup évolué mais une symphonie de Brahms, ne gagne pas en modernité pour autant… et ceci se vérifie vraiment  avec les compositeurs romantiques. Aujourd’hui les orchestres grossissent et deviennent de plus en plus performants pour atteindre la virtuosité qui devient à la mode. Nous, nous jouons avec des instruments d’époque, nous privilégions l’artisanat dans la musique, un peu comme le vigneron qui travaille son terroir en biodynamie…

 

Dans le cadre du Festival de Pâques d’Aix en Provence, un concert à ne pas manquer le Jeudi 24 avril à 20h30 au Grand Théâtre de Provence. Martha Argerich, icône pianistique,  sera accompagnée par l’Orchestre de chambre d’Europe dirigé par Emmanuel Krivine. Sa présence exceptionnelle à Aix sera marquée par l’interprétation du Concerto pour piano n°1 de Beethoven, une œuvre enthousiasmante.  Le concerto sera précédé d’une autre œuvre de Beethoven, l’ouverture d’Egmont, un dramatisme populaire au contraire de la très lyrique Symphonie n°8 de Dvorak,

Chamber Orchestra of Europe
Emmanuel Krivine, direction
Martha Argerich, piano

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Ouverture d’Egmont en fa mineur, op.84
Concerto pour piano n°1 en do majeur, op.15
Antonin Dvorak (1841-1904)
Symphonie n°8 en sol majeur, op.88

Retrouvez également Emmanuel Krivine le 29 Mars à la Philharmonie de Paris pour le Requiem Allemand de Brahms.

GRAND THÉÂTRE DE PROVENCE
380 avenue Max Juvénal Aix-en-Provence
_www.lestheatres.net _08 2013 2013

 

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