[dropcap text_color= » » background_color= »gray »]D[/dropcap]ans la famille – de plus en plus prolifique – du street-art, il n’y a pas qu’une infinité de styles graphiques ; il y a aussi une question de posture vis-à-vis des institutions. Et si beaucoup d’artistes, à l’aube de leur renommée, jouent à fond la carte du marché, d’autres choisissent, à l’inverse, de ne pas y entrer de plain-pied afin de préserver leur révolte originelle, ce moteur de leur énergie créatrice. Cette ambiguité caractérise le duo d’artistes grafeurs que forment Moses & Tapes. D’eux on sait seulement qu’ils sont Allemands et qu’ils travaillent ensemble depuis 2007. Personne ne connait leur identité puique, à la façon de Fantômas, ils tiennent à préserver leur anonymat. Il est vrai qu’ils ont commencé leur carrière en attaquant des trains. Pas pour les dévaliser mais pour les customiser à leur manière – ce qui tombe aussi sous le coup de la loi. Préférant la bombe aérosol à la dynamite, ils ont ainsi multiplié les raids chromatiques dans la plupart des gares du monde et – ce qui est en soi une performance – sans jamais être arrêtés par la police. Cette esthétique de l’attentat, si symptomatique de notre époque, ne pouvait pas rester longtemps ignorée du monde de l’art, d’autant que nos deux rebelles maitrisent parfaitement toutes les techniques de communication. Des expositions – en leur absence, bien sûr – ont commencé à s’ensuivre dès 2013 en Suisse, en Allemagne et en France, ainsi qu’un film, Quinta Essencia, qui relate leurs exploits.
Aujourd’hui c’est à Marseille qu’ils exposent – par procuration – un ensemble d’œuvres récentes sous l’intitulé Rules of Liberty. Toujours en quête de nouveaux talents, David Pluskwa s’est enthousiasmé lorsqu’il a découvert leur travail. Et pour rien au monde il n’aurait voulu laisser à Paris le privilège de le montrer dans l’hexagone. Dans la trentaine de petits, moyens et grands formats accrochés dans sa galerie, on retrouve bien sûr une exaltation de l’accident et de l’éclaboussure qui fait depuis longtemps partie des techniques de l’Abstraction. Mais ces explosions de couleurs – qu’ils appellent eux-mêmes des splashs – n’en offrent pas moins sur la toile une symphonie de tons souvent très lumineux. Qu’importe, dès lors, le médium si le résultat est artistiquement probant ! A défaut de pouvoir rencontrer ce tandem plutôt spécial, on pourra s’entretenir avec leur agent. Et peut-être craquer pour une de leurs créations, d’autant que les prix – entre 2100 et 5900 euros – ne sont pas encore très elevés. Mais, au train où vont les choses, ça pourrait vite changer.
Du 27 avril au 20 mai 2017
Galerie Pluskwa
53 rue Grignan, 13006 Marseille.
Voir aussi : david-pluskwa.com


