Marion Rampal, du bleu au blues…

L’album « Main Blue » de Marion Rampal est un petit bijou… un saphir plus précisément, puisqu’il évoque le bleu de la mer et les blues du delta du Mississipi. Sa voix très jazzy est sans prétention, autant à l’aise à capella qu’accompagnée au piano. Une chanteuse rare qui vogue magnifiquement entre le français et l’anglais. La chanteuse, originaire de Marseille sera en concert le 3 mars à Aix-en-Provence, au Petit Duc, avec Anne Paceo à la batterie et Pierre-François Blanchard au piano.

ToutMa : Vous êtes née à Marseille en 1980. Dans quel quartier avez-vous grandit ?

Marion Rampal : J’ai passé mon enfance et mon adolescence entre Saint-Loup, Saint-Barnabé, Les Caillols… des coins très « campagne » où l’on fait de longs trajets en bus pour rejoindre le « centre-ville ». Entre 20 et 30 ans, j’ai arpenté les 5 Avenues, Notre-Dame-du-Mont, les Réformés et Castellane… Et puis il y a 6 ans j’ai posé mes valises à Paris.

TM : Quelle formation musicale avez-vous reçu ?

MR : Quelques cours de flûte, de solfège, de clavier, mais j’ai aussi eu la chance d’avoir des profs de musique exceptionnels au collège et une super chorale au lycée. Puis une école de Jazz, l’IMFP de Salon de Provence, et le Conservatoire de Marseille. Mon initiation au travail de la voix, je ne l’ai reçue que bien plus tard, à presque 30 ans, auprès de Linda Wise et Enrique Pardo, avec qui je travaille encore parfois !

TM: Quels liens entretenez-vous avec la région actuellement ?

MR : Je me produis régulièrement dans la région et entretiens des liens importants avec des gens ici, notamment la Compagnie Nine Spirit de Raphaël Imbert ou La Meson… et ma famille – nombreuse ! – vit entre Marseille et le Var. Mais je suis une Marseillaise exilée, mon cœur est toujours sous l’eau quand je « descends » à Marseille. Je ressens un vrai blues, comme quand on est très amoureux d’une personne magnifique mais compliquée, un amour impossible ! Alors j’aime Marseille, mais j’ai choisi de faire chambre à part. Parfois je rêve de m’y acheter un petit cabanon pour poser un lit, mon piano, des cahiers, et y venir seule.

TM : À quel moment passe-t-on du classique au jazz ou au blues ?

MR : Chez moi on écoutait du jazz, du classique, et à 14 ans j’ai rêvé d’être « chanteur de rock », avant de redécouvrir les émotions jazz de mon enfance. Puis j’ai compris que les lieder, les mélodies, étaient des poèmes, des chansons qui pouvaient s’interpréter autrement qu’avec une approche « lyrique ». Le blues irrigue presque toute l’expression vocale des musiques populaires du 20ème… Mes propres compositions sont à la croisée de tout cela. C’est comme ça qu’aujourd’hui je chante Ellington, Mozart, Archie Shepp, Fauré, ou mes chansons à moi : en tissant ma toile « expressive » à travers tous ces répertoires.

TM : Est-ce que votre vie de jeune mère a changé votre travail ?

MR : Absolument. Devenir parent change radicalement mon rapport au temps, à la vie qui nous traverse. Je pensais très bêtement que l’énergie physique et psychique engagée dans la maternité manquerait un temps à ma créativité d’artiste. C’est plutôt le contraire qui arrive, je me sens inspirée, vibrante, touchée. Ça m’a aidé à mieux définir ma place dans ma vie intime et donc aussi à trouver ma voix comme artiste. Ma fille est née neuf mois avant l’enregistrement de Main Blue. C’est très intense, je trouve peu de repos mais de grandes joies !

TM : Qu’avez-vous rapporté de votre voyage aux Etats-Unis ?

MR : De la Nouvelle Orléans en particulier j’ai retenu que la musique avait un rôle de lien dans la communauté, elle manifestait son « battement de cœur ». La tradition est un ensemble de gestes vivants et mouvants, pas un corpus de vieilleries sacrées, gravées dans le marbre. Egalement qu’elle est souvent le fruit de la rencontre, du métissage, d’origines singulières comme par exemple le Mardi Gras.

TM : Il y a une homogénéité, une ligne directrice dans les titres sur la mer, le bleu. Est-ce voulu ?

MR : La mer est le symbole des échanges entre les hommes, les plus riches comme les plus terribles. Et le lieu de l’abîme. Oui, il y a dans Main Blue une trame invisible, une histoire de vieux marin, d’exil, de trafic d’épices musicales, de vieille Europe, d’Afrique rêvée, de Nouveau Monde sauvage. Pour chanter et écrire ces morceaux, j’ai besoin d’avoir le cœur qui navigue, qui tangue, qui coule… je voyage aussi d’une langue à l’autre. Le bleu pour moi c’est comme un savoir secret à cacher sous le chant, une ombre, l’ombre nécessaire pour ne pas cramer sous le soleil comme un couillon.

http://www.marionrampal.com/

Marion Rampal, Main Blue
E-motive records/l’Autre Distribution.

Main-Blue_cover MarionRampal

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