Le Rêve à tous les étages au Musée Cantini 

Une exposition de rentrée riche et ambitieuse qui revisite la peinture surréaliste.

[dropcap text_color= » » background_color= »gray »]C[/dropcap]ertains nous entraînent dans des sarabandes délicieuses ou inquiétantes. D’autres nous font voyager dans des contrées inconnues ou dialoguer avec des défunts. Au matin nous les oublions pour la plupart, mais certains d’entre eux nous troublent durablement par leur tonalité tragique. A travers eux, nous défions parfois les lois de la pesanteur. Tels sont les rêves que nous faisons chaque nuit dans cette phase appelée « sommeil paradoxal ». Depuis la plus haute Antiquité, ils ont intrigué les hommes de toutes conditions. Nombreux sont ceux qui crurent que c’était des messages de l’au-delà, inventant des clés symboliques pour les interpréter. La modernité a adopté un autre point de vue, voyant dans ces productions nocturnes, les expressions condensées de nos désirs ou de nos craintes. En définissant le rêve comme « la voie royale vers l’inconscient », Freud en a fait l’un des axiomes de sa psychanalyse naissante. Il devait, en particulier, inspirer le mouvement surréaliste pour lequel le rêve devint la condition de l’art le plus libérateur.

[blockquote pull= »right » align= »right » attributed_to= » » attributed_to_url= » »]Le rêve et son flot d’images mentales a sans doute été une manne pour les artistes de toutes les époques mais celle-ci est surtout centrée sur des peintres du XXème siècle.[/blockquote]

[dropcap text_color= » » background_color= »gray »]U[/dropcap]n tel flot d’images mentales a sans doute été une manne pour les artistes de toutes les époques. Car l’emploi du rêve comme matériau pictural n’est pas l’apanage de quelques écoles modernes : il suffit de citer ici le nom de Jérôme Bosch. Mais toute exposition pose volontairement ses limites et celle qu’organise, en ce début d’automne, le musée Cantini, est surtout centrée sur des peintres du XXème siècle. Certes, on trouve au début du parcours quelques œuvres – pas des meilleures – du grand symboliste que fut Odilon Redon et même, à l’étage, une encre de Goya, maître en cauchemars s’il en est. Mais, pour l’essentiel, c’est du Surréalisme qu’il est question ici avec quelques-uns de ses plus grands représentants : Salvador Dali, René Magritte, Victor Brauner, Oscar Dominguez, Yves Tanguy ou Jacques Hérold, pour ne citer qu’eux. Beaucoup de peintres et peu de sculpteurs, ce qui ne rend que plus attentif aux quelques sculptures présentées – dont un plâtre de Rodin, « La voix intérieure » et une araignée géante de Louise Bourgeois, « Spider II ».

[blockquote pull= »right » align= »right » attributed_to= » » attributed_to_url= » »]Le rêve
jusqu’au 22 janvier 2017
Musée Cantini
19 rue Grignan Marseille 6ème
_04 91 54 77 75
Du mardi au dimanche
de 10h à 18h.
Entrée _10 et 8 €[/blockquote]

[dropcap text_color= » » background_color= »gray »]O[/dropcap]n les redécouvre volontiers tout au long des sept étapes d’un parcours et d’une scénographie qui sont censés nous mener du sommeil au réveil. S’il n’y a rien à redire sur la beauté – et même l’originalité – des œuvres rassemblées ici, il n’en va pas de même pour ce qui concerne les choix opérés par les commissaires de cette exposition. Car, à y regarder de près, on constate souvent un décalage entre les intitulés des sections et les tableaux que l’on peut y voir. Ainsi, dans « Nocturne », salle II, à côté des ambiances oniriques de René Magritte, Paul Delvaux, Félix Labisse ou Mimi Parent, on est surpris de rencontrer le « Monument aux oiseaux » de Max Ernst, aussi magnifique soit-il. Dans « Le rêve », salle III, seule la miniature sur microsillon de Dalì, « Suenos en la playa », fait explicitement référence au sujet, les autres œuvres explorant d’autres thématiques, qu’elles soient signées par Brauner, Tanguy ou Man Ray. C’est pareil dans la salle VI où, à côté d’une encre d’Henri Michaux vraisemblablement réalisée sous l’emprise de la mescaline, on tombe sur des tableaux d’André Masson comme « Le Terrier » et « Antilles » (déjà présentés l’an dernier) en se demandant quel rapport ils entretiennent avec l’hallucination qui préside à cette section. Et que dire, dans la salle « Fantasme », de ce « Voleur de femme » tableau clairement signé par Le Douanier Rousseau mais attribué ici à un certain Ernest T ? Difficile, dans ce cas, de parler d’une citation.

[dropcap text_color= » » background_color= »gray »]C[/dropcap]’est le problème principal de cette exposition qui donne, par ailleurs, une impression de répétition générale : d’où la présence, en fin de parcours, de toutes les miniatures qui composent le fameux « Tarot surréaliste », alors qu’une seule lame est dédiée au rêve. Voudrait-on nous faire croire que toutes les rêveries artistiques ramènent au Surréalisme ? Ou que le Surréalisme se réduit à sa seule dimension onirique ? Nous savons bien que non. Malgré d’indéniables surprises (je pense notamment aux eaux-fortes de Valère Bernard, artiste marseillais trop rarement montré) et des dispositifs de projection annexes non moins intéressants, cette exposition s’essouffle à poursuivre un sujet qui la dépasse de loin. Mais c’est la nature du rêve que d’excéder toutes les cases dans lesquelles on veut l’enfermer.

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