Que reste-t’il de Beyrouth après plusieurs décennies de guerre civile et d’occupation militaire ? Que reste-t’il de cette ville millénaire qui fut longtemps une enclave de la culture française au Moyen-Orient et l’un des plus importants centres économiques de la région ? Beaucoup de ruines et de chantiers de reconstruction ; une nostalgie, aussi, de ce temps – pas si lointain – où régnaient la concorde et la tolérance entre ses différentes communautés. C’est dans le souci de cerner le devenir de cette grande ville méditérranéenne que Photomed a donné, pour sa nouvelle exposition à la Friche belle de Mai, carte blanche à quatre jeunes photographes. Des mois durant, chacun d’eux a arpenté les faubourgs et le cœur de la capitale du Liban à la recherche d’indices, humains ou architecturaux, qui en disent souvent plus long que le discours des politiques et des universitaires. Autant de visions matérialisées qui permettent au spectateur d’établir pour lui-même une sorte d’état des lieux.
Avec sa série « Paths within edges », George Awde s’est attaché à montrer avec réalisme le vécu, misérable et incertain, des jeunes réfugiés. Usant du plan large et du portrait en couleur, le regard qu’il porte sur ces garçons en déshérence n’est pas sans rappeler celui de Pasolini sur les « ragazzi » de l’Italie des années cinquante.
Giulio Rimondi préfère le noir et blanc à la couleur. C’est en étranger – il est italien – qu’il a fixé son objectif sur le petit peuple beyrouthin, moins pour montrer sa déréliction qu’en extraire des traces de joie et d’insouciance. Les femmes et le couple reviennent souvent dans ses ambiances nocturnes où le flou accidentel est habilement transformé en effet esthétisant.
C’est également en noir et blanc que Bilal Tarabey a conçu sa série explicitement titrée « Al awda » – le retour. Plus formelle et plus narrative que les deux précédentes, elle met en scène la diversité humaine et urbaine d’une ville qui ne peut faire le deuil de sa splendeur passée.
Autre enfant du pays, Lara Tabet a créé, avec sa série « Roseaux », une sorte d’ode à la nuit, mystérieuse et troublante, qui doit beaucoup à son travail sur la lumière. La quête érotique est le leitmotiv de cette suite habilement impressionniste. Usant de la couleur comme du noir et blanc, elle excelle à transcender artistiquement, elle aussi, ses menus ratages.
Organisée avec le concours du consulat du Liban à Marseille, cette exposition collective démontre, si besoin était, que la photographie est désormais inséparable de toute réflexion sur l’évolution du monde
Du 8 juillet au 21 août 2016.
Tous les jours, de 11h à 19h.
Salle des Machines.
Entrée libre.
Friche Belle de Mai
41 rue Jobin, 13003 Marseille
Photo en une _George Awde, Paths Within Edges


