Merveilles de l’Orientalisme au Musée Regards de Provence

Périodiquement Marseille redécouvre l’Orientalisme, ce mouvement artistique qui décentra une partie des élites européennes au XIXeme siècle, à l’amble avec les conquêtes coloniales. Entre la vieille cité phocéenne et les rêveries orientalistes, il y a plus qu’une connivence, mais un véritable passage obligé : n’était-ce pas à Marseille que s’embarquaient alors tous ceux que les mystères du Levant fascinaient ? Mettre en avant ces contrées et leurs représentations équivaut donc à revisiter son propre passé. Il y a plus : en ce début du XXIeme siècle, où le Moyen-Orient, ravagé par les guerres, fait figure de destination interdite, montrer les oeuvres qu’il a inspirées aux artistes européens comble certainement un manque. Ainsi, c’est une sorte d’utopie qui nous est proposée, laissant à l’esprit du visiteur le soin d’organiser son voyage vers un orient idéalement apaisé. C’est l’intention – tacite – qui se dégage de ces « Merveilles de l’Orientalisme », la nouvelle exposition du musée Regards de Provence. Il est d’ailleurs significatif qu’on ait opté, ici, pour la citation poétique plutôt que pour le commentaire historiographique.

Au fil des salles, nous redécouvrons un coucher de soleil sur le Nil, un marché algérien gorgé de lumière ou un mariage à la grecque. Si, parmi la centaine d’œuvres rassemblées, on ne trouve pas les plus grands noms de ce courant artistique – comme Eugène Delacroix et Théodore Chassériau -, on croise néanmoins des signatures considérables, comme Hyppolite Lazerges, Félix Ziem, Georges-Antoine Rochegrosse, Louis-Amable Crapelet, Fabius Brest ou Maurice Bompard. Autant de styles et d’époques qui se chevauchent : car l’Orientalisme est moins une école qu’un mobile d’inspiration qui excède de loin le XIXeme siècle.

Chaque peintre s’est attaché à montrer un aspect de cet orient si fantasmé ; c’est, du moins, ce que semble signifier cet accrochage. Voici des scènes de bataille magnifiées par Henri Philippoteaux et Pierre Letuaire, des portraits de femmes et d’autochtones brossés par Maurice Bompard, Emile Deckers, Gustave Guillaumet ou Yvonne Herzig, des édifices et des axes urbains restitués par Emile Bernard et Vincent Courdouan. Les couleurs sont, évidemment, en majesté, entrainant les artistes au-delà du réalisme : trop lissées chez un Meyer ou un Galland, trop vives chez un Corrado. Mais peindre, après tout, a toujours été une recréation plus ou moins réussie de la réalité visible. On sent, chez ces artistes, la volonté enthousiaste de montrer des objets et des coutumes inconnus dans leurs pays d’origine ; ce qui donne parfois à leurs tableaux un avant-goût des cartes postales qui prendront, au siècle suivant, le relais pour former le goût des masses. Et comment ne pas voir, devant ce « Montreur de cacatoès » peint par José Silbert, la complaisance – intéressée ? – de son modèle pour ces drôles de voyageurs venus, avec leur palette et leurs pinceaux, poursuivre sur un autre mode les appropriations brûtales des militaires ? Les cauchemars actuels sont tissés aussi avec les rêves exotiques d’hier.

Du 18 mai au 31 décembre 2016.
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h.
Plein tarif 6,5 €
Allée Regards de Provence, avenue Vaudoyer, 13002 Marseille
_04 96 17 40 40 _www.museeregardsdeprovence.com

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