Dans ce nouveau pôle de l’art contemporain à Marseille, Gilles Barbier ouvre avec brio la rentrée.
Inaugurée le 28 août (en même temps qu’Art-O-Rama, la mini foire d’art contemporain), l’exposition en deux volets que consacre la Friche Belle de Mai à Gilles Barbier, peut être considérée comme l’évènement artistique de cette rentrée 2015. Sous l’intitulé « Écho-Système » – on comprend vite pourquoi -, elle présente un condensé de vingt-cinq années de création, soit le meilleur d’un plasticien qui s’est d’abord formé à Marseille – dans cette Friche, précisément – avant de rayonner à Paris et à l’étranger.
Artiste contemporain, Gilles Barbier – 50 ans – l’est certainement dans tous les sens du terme. Mais c’est avant tout un créateur aussi polymorphe que rigoureux, qui laisse s’exprimer, tant dans ses dessins que dans ses sculptures, un imaginaire florissant qui puise aux sources vives de l’enfance. Son appétit insatiable de création trouve, dans de nombreuses œuvres en deux et trois dimensions, en couleur ou en noir et blanc, une métaphore assez probante (« Habiter la viande »).
Miniatures ou grands formats, elles révèlent un artiste qui possède à fond sa technique, qui jongle avec les codes et les citations, réinventant au besoin la nature morte et les études de mains. Inspiré par la BD, il détourne aussi ce genre avec des personnages insolites comme ce « Diceman », héritier de Buster Keaton toujours menacé de chute, ou ce « Ribbon Man », à mi-chemin entre L’Homme Invisible et l’ADN visualisé par Watson et Crick. L’écrit – à commencer par les titres qu’il donne à ses œuvres – occupe une place importante chez lui. Ce sont d’abord des énoncés qu’il rédige méthodiquement ; ils sont un peu les moteurs de sa création plastique. En ce sens, on peut tenir pour programmatique une petite sculpture comme « Logorrhée », buste d’homme dont la bouche vomit des paroles consignées sur des rubans. Oscillant entre humour froid et blague de potache, Barbier se met volontiers en scène dans des séries détournant l’affiche cinématographique ou parodiant les séries télévisées américaines, à l’instar de ces « Expériences secrètes du docteur » qui trouvent leur point d’orgue dans une délirante maquette de « Crétinarium ».
Son goût pour la combinatoire (déjà sensible dans les tableaux du « Jeu de la vie ») trouve son accomplissement dans la salle Panorama, avec deux grandes installations. La première, « La Boîte Noire », est faite de 96 dessins identiques qui sont disposés sur de vastes panneaux vitrés et mobiles. Ainsi, en y entrant, on a l’impression de tourner les pages d’un livre immense et mystérieux. Quant à « Cheekers », la seconde, c’est une autre idée de la permutation – celle des échecs – que Barbier met en scène. Papes, militaires ou indiens, les vingt-quatre petits personnages (1,10 m de haut) qui la composent ont tous les pieds, les mains et la tête reproduits d’après ceux de l’artiste.
Produite avec, notamment, le concours de la galerie parisienne Valois, « Mécènes du Sud » et la Fondation Ricard, cette exposition est visible jusqu’au 3 janvier 2016, elle partira ensuite vers Paris. Il faut se dépêcher d’aller la voir, ne fut-ce que pour se persuader que l’art contemporain peut être aussi joyeux, inventif et agréable à regarder.
Écho Système – Exposition monographique
jusqu’au 3 janvier 2016 du mardi au dimanche de 13h à 19h _3 €
Friche la Belle de Mai _41 rue Jobin, Marseille 3ème _04 95 04 95 95
Informations sur _www.lafriche.org
Photo en une _Gilles Barbier Imperator, 2013, 113 x 250 x 165 cm – Sculpture, résine, technique mixte – Collection François Laffanour, Paris ; Courtesy Galerie GP & N
Photo ci-dessous _Gilles Barbier Guéridon au Pied de Porc, 2013, 131 x 80 x 64 cm
Sculpture, technique mixte – Pièce unique
