Musée Regards de Provence, le bel automne

Au fil des ans, la fondation Regards de Provence s’est affirmée comme l’un des musées les plus caractéristiques de Marseille. Liée dès l’origine à un art régionaliste, elle ne cesse d’affiner les problématiques afférentes au grand sud, exhumant des personnalités artistiques injustement négligées par la modernité, mariant les approches monographiques et pluralistes.

La double exposition – car ici tout va par deux – qui ouvre cette saison automnale ne déroge pas à cette exigence de redécouverte. La première, « François Bouché, Courbes et Espaces », au rez-de-chausée, est consacrée à un sculpteur marseillais dont les influences (Moore, Brancusi, Zadkine) autant que les qualités d’expression transcendent toute notion de terroir. Issues pour la plupart du fonds familial, les 63 œuvres présentées ici offrent un aperçu éloquent de son travail. En bronze ou en en marbre, elles composent une ode au corps humain et à ses multiples postures. Jouant habilement avec les torsions et les drapés, ménageant la part du vide dans ses plus volumineuses créations, Bouché sut – non sans audace – donner une forme artistique à l’amour et au désir, qu’ils soient ceux de la mère pour son enfant (« Le lait ») ou de l’homme pour la femme (« L’arbre d’amour »). Son travail de sculpteur est complété par celui, non moins intéressant, du dessinateur. Nus stylisés ou grands fusains semi abstraits, ils préparent ou reprennent les mêmes thèmes que ses sculptures (« La chrysalide », « Le sixième Sceau »). François Bouché disait « penser en trois dimensions » ; c’est ce qui explique sans doute le caractère très architecturé de ses dessins. Du grand art ! (A voir jusqu’au 31 mars 2016).

Quant à « Vies silencieuses », l’autre exposition visible au premier étage, elle procède d’un d’un pertinent distinguo sémantique. Chacun sait que le Français désigne par « nature morte » ce genre pictural qui met en scène des objets naturels ou fabriqués. A l’inverse, l’Anglais parle de « still life », c’est-à-dire une vie soustraite à toute forme de corruption, sorte d’avant-goût de l’immortalité. C’est sous ce deuxième auspice que se situe cette coquette exposition qui rassemble 101 œuvres. Elle retrace en abrégé l’évolution de ce genre – bien moins académique qu’on ne croit -, depuis le XVIIème siècle jusqu’à nos jours. Tout comme les vanités, autre genre avec lequel il partage plus d’un aspect, il reste ouvert à l’innovation, tant du point de vue chromatique que narratif : on appréciéra tout particulièrement l’inventivité malicieuse d’un Jean Hélion. Aux fastueuses compositions des précurseurs (Comte, Pfeiller), les modernes – et ils sont nombreux à s’y être frottés – y ont introduit davantage de sobriété et de concision (Chabaud, Buffet, César). Ou l’ont décliné à travers la sculpture (Rubinstein, Ducaté) et la photographie (Ramade, Sudre, Valade). Pas de doute, la relève en ce domaine est assurée. (Jusqu’au 13 mars 2016)

Musée Regards de Provence
allée Vaudoyer, Marseille 2ème. _04 96 17 40 40.
Ouvert tous les jours de 10h à 18h.
Tarif couplé : 8 euros. Tous renseignements sur www.museeregardsdeprovence.com

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