En hommage à Lucien Clergue

Avec Lucien Clergue, décédé samedi 15 novembre à l’âge de 80 ans, c’est un de nos très grands photographes qui s’en va. Un photographe, osons le dire, à l’égal des plus grands – comme Robert Doisneau et Henri Cartier-Bresson -, qui a fait la réputation de la France dans cet art faussement facile, sans doute en raison de sa très grande reproductibilité. Réputation qui devait le faire exposer au Museum of Modern Art de New-York dès 1961. C’est peu dire que Clergue était bien davantage qu’une figure majeure de la création en Provence.

Né à Arles en août 1934 au sein d’une famille modeste, autodidacte précoce, ses premières expériences photographiques, vers 1950, le portèrent tout naturellement vers ces paysages si particuliers de Camargue. Le nu féminin fut une autre de ses passions et il prit souvent pour modèles de jeunes beautés locales. Cette double postulation devait trouver sa symbiose à travers de magnifiques  photographies en noir et blanc, où les formes féminines étaient poétiquement transcendées, jusqu’à recréer de nouveaux paysages. Cet été encore, nombreux sont ceux qui ont pu les admirer, parmi bien d’autres planches, au musée Réattu. Autre spécialité du terroir arlésien, entre fête et tradition, la corrida ne pouvait que nourrir son imaginaire. A travers les très nombreuses photographies qu’elle lui inspira, on peut deviner son désir – sublimé – de toréer lui même. Cette passion tauromachique devait lui faire rencontrer Picasso à qui il consacra des portraits éloquents. Jean Cocteau fut une autre de ses grandes rencontres artistiques : c’est d’ailleurs à partir d’une série de Clergue sur les gitans que le poète-cinéaste entreprendra de décorer sa chapelle de Villefranche.

Au-delà de son génie personnel, le nom de Lucien Clergue restera à jamais lié à ces Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles qu’il co-fonda en 1970 avec Michel Tournier et Jean-Maurice Rouquette. Au fil des années et des décennies, elles sont devenues la plus importante manifestation consacrée à la photographie, tant en France qu’en Europe. Et leur parcours, qui embrasse la ville entière, attire chaque été des dizaines de milliers de visiteurs. Si Arles est devenue, à l’instar d’Avignon, une ville festivalière, c’est bien à Clergue qu’elle le doit.

Premier photographe à avoir été élu à l’Académie des Beaux Arts en 2007, Lucien Clergue laisse, outre son œuvre photographique, près de 80 albums et une vingtaine de courts et moyens métrages. Gageons que l’édition 2015 des Rencontres saura mettre à l’honneur le patrimoine artistique de leur figure tutélaire.

Photo _portrait de Lucien Clergue 2001© Robert  Durand

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