Comment un peintre comme Van Gogh, parmi les plus cultivés de son temps, a-t’il pu passer, dans la culture populaire, pour un génie à l’état sauvage ? Comment un art de la couleur et de la ligne aussi complexe que le sien a-t’il pu être regardé comme une expression presque naïve ? C’est là sans doute le paradoxe d’un artiste plus connu du grand public pour sa vie que pour son œuvre. Ce malentendu, la Fondation Vincent Van Gogh s’attache à le dissiper depuis sa création en 1983 par Yolande Clergue. Loin de se limiter à la recension des « traces » laissées par le peintre hollandais durant son court passage à Arles (1888-1889), elle poursuit un travail incessant d’échanges et de passerelles avec l’art contemporain, notamment en montrant toutes les interrogations qu’il a suscité chez ses épigones. Fidèle à sa vocation de passeur, elle propose donc, dans ses nouveaux locaux inaugurés après trois années de travaux, une double exposition de printemps.
La première, « Couleurs du nord, couleurs du sud », revient sur les influences qui ont abouti à ce style unique entre tous. En tout, 9 petits tableaux du maître des lieux – pour la plupart prêtés par le Van Gogh Museum d’Amsterdam – qui voisinent sur les cimaises avec ceux, autrement plus nombreux, des artistes qui l’inspirèrent à différents moments de son parcours existentiel et créatif. Il y a d’abord les peintres de Barbizon et de la Haye : ambiances crépuculaires qui se retrouvent dans ses compositions d’alors (« Le vieux clocher »,1885). Puis ce sera la découverte du chromatisme de Delacroix et des harmonies chatoyantes de Monticelli (1886), deux jalons importants pour comprendre l’évolution vers les jaunes et les orangés de sa palette (« Le Mas jaune », 1888). Il y aura aussi les Impressionnistes (surtout Renoir, étrangement absent ici), les pointillistes, Gauguin et les estampes japonaises exaltant les forces de la nature. Elles fascinaient Van Gogh au point d’en rechercher leur ambiance si particulière à Arles.
Ce parcours instructif, quoique sans réelle surprise, est prolongé par « Van Gogh live ! », exposition d’œuvres très contemporaines qui reflètent, à travers une grande variété de matériaux et de formes, l’univers et l’héritage de Van Gogh. Citons ici les portraits pastellisés de Guillaume Bruère et d’Elizabeth Peyton ou le gigantesque et mirifique capharnaüm de Thomas Hirschhorn (deux salles !). Une mention pour l’installation de Camille Henrot, « Est-il possible d’être révolutionnaire et d’aimer les fleurs ? », suite de bouquets floraux (qui semblent décalqués des tableaux de Vincent) accompagnés, chacun, par une citation littéraire (Zola, Loti, Kawabata, entre autres). Vous avez dit dé-symbolisation ?
Du 7 avril au 31 août
Fondation Vincent Van Gogh
35 rue du docteur Fanton, Arles
_fondation-vincentvangogh-arles.org
Autoportrait avec pipe et chapeau de paille
