Au fil d’Ariane, le nouveau film de Robert Guédiguian

Dérouler le fil, celui du temps, celui d’Ariane. Dérouler la pellicule du film… et roulez, tambours ! Ariane Ascaride, femme et actrice fétiche de Robert Guédiguian, se prépare à fêter son anniversaire seule. Elle décide alors de quitter sa jolie banlieue (en images de synthèse). Le cours des choses s’en trouve chamboulé lors de son périple, emmenée par le fameux taxi marseillais. Le tenancier du Café L’Olympique (Gérard Meylan) la recueille. Dans ce lieux de restauration insolite au bord de l’eau, elle y retrouve un poète qui se prend pour un Américain (Jacques Boudet), un vieux sage qui hurle à la mort le soir tombé, hanté par les animaux sans sépulture (Youssouf Djaoro) et un jeune couple jaloux (Anaïs Demousiter et Adrien Jolivet).

Avec ce film – une fantaisie est-il précisé au début du générique – Robert Guédiguian a pris toutes les libertés. Il propose à son Ariane un jeu théâtral, la faisant passer du rire aux larmes comme une petite fille, s’autorisant des grimaces et de gesticulations circassiennes. L’actrice s’offre même une séquence de music-hall lorsqu’elle interprète Comme on fait son lit on se couche de Kurt Weill /Bertold Brecht. Le film est d’ailleurs richement illustré musicalement : classiques, opéra, chansons de Jean Ferrat

Un certain aspect théâtral se retrouve aussi dans la règle des trois unités du théâtre classique : Unité de lieu avec des endroits mythiques de Marseille, le décor préféré du réalisateur qu’il ne filme comme personne : la mer, les bateaux, les îles du Frioul, Ponteau avec ses usines, le Palais Longchamp et son musée d’Histoire Naturelle. Unité de personnage, notamment ceux de la troupe qui suit Guédiguian depuis toujours. Et unité de temps : celui d’un songe… On retrouve enfin une mise en abîme tragi-comique lorsque Jean-Pierre Daroussin se dispute avec son actrice qui est également sa femme, dans le théâtre antique du Frioul… la troupe spectatrice applaudit la prestation !

Malgré tout, c’est surtout au cinéma que Guédiguian a voulu rendre hommage : La Dolce Vita de Fellini avec la scène de la fontaine, l’Évangile selon Saint-Mathieu de Pasolini lors de l’arrivée des pèlerins au Frioul. Ce film est donc un patchwork où les repères sont brouillés, mais il faut se laisser prendre par la main. à la manière d’Alice aux Pays des merveilles où Ariane serait Alice et la tortue qui parle serait le lapin en retard. Ces extravagances n’empêchent pas qu’une place centrale aux sujets chers à Robert Guédiguian soit attribuée : l’amitié, la solidarité, l’impact du capitalisme dans la société, le temps qui passe… En sortant de ce film on y repense, comme après un rêve envoutant. Une parenthèse enchantée.

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