Ils s’appelaient Picasso, Braque, Dufy, Derain, Galanis, Iturrino, Opisso, Gargallo. Certains ont inventé une nouvelle manière de voir et de peindre (Fauvisme, Cubisme) et sont devenus célèbres. D’autres ne connurent qu’un succès confidentiel, habiles techniciens de l’art travaillant le dessin, l’affiche ou la peinture « dans le goût de » – même s’ils font aujourd’hui le bonheur des salles de ventes. Mais tous avaient en commun de vivre au début du XXeme siècle, dans cette pépinière d’artistes qu’était alors la Butte-Montmartre, et plus particulièrement le Bateau-Lavoir, dont la forme avait inspiré cette appellation au poète Max Jacob. Dans cette friche avant la lettre, on pouvait se loger à bas prix, on buvait beaucoup et la porte était toujours ouverte aux amis de passage : bref, la vie de bohème si souvent idéalisée par la culture populaire. Mais ce fut aussi un laboratoire d’idées et d’expériences artistiques que mirent en œuvre des créateurs venus de l’Europe entière, donnant à cette Belle Epoque sons sens le plus authentique. Avant que 1914 ne portât un coup d’arrêt à cette effervescence créatrice, dispersant à tous les vents cette colonie de génies, petits et grands. Après eux, ce lieu mythique devait encore perdurer 56 ans ; jusqu’à ce qu’un incendie ne le ravageât en mai 1970, subsumant l’original sous sa copie de béton.
C’est pour toutes ces raisons que le musée Regards de Provence a décidé, en ce printemps, d’en dépoussiérer la mémoire et d’y rendre un hommage éloquent. Conçue par Michel Bépoix, avec le concours de divers sponsors (Crédit Agricole, Vinci, Société Marseillaise du Tunnel Prado Carénage), cette vaste et belle exposition propose, sur deux niveaux bien éclairés à giorno, la (re)découverte d’une centaine d’œuvres de maîtres (dessins, toiles, sculptures). Au gré de son goût et de son éducation esthétique, chacun pourra ici établir la liste de ses préférences. Signalons tout de même la suite d’aquarelles abstraites de Georges Braque, à l’aube du Cubisme (1911), l’éclectisme des bronzes et plâtres de Pablo Gargallo ou les belles huiles expressionnistes de Gen Paul. Si l’on trouve ici quelques artistes « nordistes » – comme Maurice de Vlaminck ou Kees Van Dongen -, l’immense majorité des artistes présentés viennent du sud et du pourtour méditérranéen. Un parti-pris ouvertement revendiqué par les organisateurs, mais qui ne nuit en rien à la sincérité de cette exposition (la 50eme, nous dit-on), éloge du cosmopolitisme et de la liberté artistiques en une époque – la nôtre – un peu trop soucieuse de son propre élitisme.
Du 29 mars au 24 août 2014. Avenue Vaudoyer, 13002 Marseille. Ouvert tous les jours, de 10h à 18h.
Plein tarif : 6 euros. Tel : 04 96 17 40 40. Mail : regards-de-provence@wanadoo.fr
Légendes des œuvres « Autour du Bateau-Lavoir. Des artistes à Montmartre (1892-1930) et la Méditerranée » :
Georges BRAQUE, Etude de nu (Nu 1907), Eau forte originale sur Arches 27,5 x 19,7 cm, Fondation Marguerite et Aimé Maeght, Saint-Paul-de-Vence, © Adagp, Paris 2014 (crédit : Archives Fondation Maeght, photographe Claude Germain).
Eugène PAUL, Bal du Moulin de la Galette, circa 1925, Huile sur toile 65 x 81 cm, Collection Galerie Roussard, Paris, © Adagp, Paris 2014 (crédit : Galerie Roussard).
Juan GRIS, Arlequin, 1920, Dessin et gouache 29,6 x 18,6 cm, Collection Musée d’art moderne de Céret (crédit : Musée d’art moderne de Céret).
Léopold SURVAGE, L’Oiseau, 1915, Huile sur carton 53 x 45 cm, collection Galerie des Modernes, Paris, © Adagp, Paris 2014 (crédit : Jean Bernard).
Francisco ITURRINO-GONZALES, Femme assise, Huile sur toile 60 x 42 cm, Collection Centre Pompidou, Paris, en dépôt au Musée des Beaux-arts de Menton (crédit : Musée des Beaux-arts de Menton).
Pierre GIRIEUD, Les tournesols, 19808, Huile sur toile 81 x 65 cm, Collection Fondation Regards de Provence (crédit : Jean Bernard).
Ramon PICHOT, Promenade sur les Boulevards, circa 1892, Pastel sur papier 24,8 x 32,5 cm, Collection Galeria des Cisne, Madrid (crédit : Galeria des Cisne).
André DERAIN, Femme nue assise, 1928, Huile sur toile 45,5 x 34 cm, Collection Ramon Vallbe, Barcelone, © Adagp, Paris 2014 (crédit Ramon Vallbe).






