Marseille et ses maires, trois siècles de combats pour l’hôtel de ville

Bientôt, les élections municipales très attendues… Jean-Claude Gaudin se succèdera-t’il à lui-même ? Retour sur quelques-uns des 70 maires qui ont fait Marseille

Traditionnellement organisées au printemps, les élections municipales sont l’un des plus importants rendez-vous électoraux républicains. Outre l’affrontement de personnalités pour la fonction de maire, elles sont l’occasion d’un renouvellement du conseil municipal et déterminent, pour six années consécutives, les options économiques d’une ville et sa politique de proximité.

Sénateur-maire depuis 1995, Jean-Claude Gaudin briguera donc un quatrième mandat. Et, quel que soit le nom qui émergera des urnes au soir du 30 mars, l’élection marseillaise sera très commentée par les médias nationaux. Pour la circonstance, il nous a semblé judicieux de revenir sur le passé politique de la tumultueuse cité phocéenne.

Depuis le XIIeme siècle des consuls, des recteurs, des syndics et des échevins se sont succédé à sa tête. Mais ce n’est qu’en 1766 que la charge de maire fut officiellement créée par Louis XV pour les principales villes françaises. Nul ne sera surpris d’apprendre qu’ils étaient alors choisis parmi les membres de la noblesse locale : comme le marquis Balthazar Fouquet de Jarente (1703-1780) qui, le premier, endossa ce rôle à Marseille. Depuis lors, pas moins de 70 maires – nommés ou élus – se sont installés à l’hôtel de ville, chacun essayant de gérer au mieux Marseille et de lui imprimer sa marque. Voici un bref regard sur quelques-uns d’entre eux, parmi les plus significatifs.

 

Jean-Baptiste Montgrand (1776-1847)

Marquis de son état, Montgrand servit successivement Napoléon 1er et Louis XVIII. Ce fut ce dernier qui le confirma dans sa charge de maire en 1814 – soit un an après son élection. Il devait le rester jusqu’en 1830. On lui doit, en particulier, le redressement des finances de la ville et la construction de l’arc de triomphe de la Porte d’Aix (1823). Chaud partisan de l’enseignement scientifique et artistique, il fonda, en 1819, le musée d’histoire naturelle. Une rue et un lycée réputé portent son nom dans le 6eme arrondissement.

 

Dominique Maximin Consolat (1785-1858)

Grand voyageur durant sa jeunesse, il parcourut la Russie et fonda un comptoir commercial à Odessa. Consolat arrive à Marseille en 1824 où il s’établit comme négociant. Directeur intérimaire des Postes (1830), il entre vite au conseil municipal et devient maire en 1831, charge qu’il occupera jusqu’en 1843. Durant son magistère il entreprit, avec l’ingénieur Montricher, les travaux de construction du canal de la Durance (1838), introduisit l’éclairage au gaz dans les rues de la ville, fit percer le boulevard d’Orléans (depuis boulevard National) et construire la halle des Capucins. Chevalier puis Officier de la Légion d’Honneur (1835), il se retira de la vie publique en 1848. Une rue porte son nom dans le 1er arrondissement.

 

Jules-Joseph-Félix-Théodore Onfroy (1808-1886)

Avocat de formation, Onfroy fit toute sa carrière juridique puis politique à Marseille, sa ville natale. Plutôt oublié aujourd’hui, on doit à ce maire (nommé par décret impérial en 1861) les grands travaux urbains qui allaient changer la physionomie de Marseille : percement de la rue Impériale (actuelle rue de la République), prolongement du cours Bonaparte (actuel cours Pierre Puget), achèvement du chemin de la Corniche, travaux préliminaires du palais Longchamp. Des vestiges ayant été découvert lors du chantier de la rue Impériale, Onfroy ordonna une commission d’archéologie pour assurer leur préservation. Et tout cela en une seule petite année de mandat !

 

Félix Barret (1845-1922)

Avocat puis capitaine de mobiles en 1870, Félix Barret entra en politique sous les auspices de Gambetta. Conseiller municipal (1878-1881), il finira par  être élu maire de Marseille (1887-1892). Durant son unique mandat, il fit refaire les trottoirs, créa la Bourse du Travail, le premier hôtel des Postes et Télégraphes ainsi que le lycée Montgrand (alors pour jeunes filles). Il fit aussi construire un réseau moderne d’égouts pour mettre un terme aux ravages du choléra. L’une des plus belles places de Marseille, face à la préfecture, porte aujourd’hui son nom.

 

Amable Chanot (1855-1920)

Avocat et membre du Parti Radical, il participa à la création du «Petit Provençal» en 1880. Conseiller général(1889) puis président du Conseil Général (1898-1902), il est élu maire une première fois, de 1902 à 1908. Réélu en 1912, il démissionnera en 1914, cédant la place à son adjoint Eugène Pierre. On lui doit, en particulier, l’extension du réseau des tramways et l’organisation, en 1906, de la première exposition coloniale sur le terrain du parc qui porte désormais son nom.

 

Henri Tasso (1882-1944)

Comme Bernard Cadenat ou Emmanuel Allard (qui le précédèrent à la mairie de Marseille), Henri Tasso est d’abord un enfant du peuple. D’origine italienne, il fut d’abord négociant en huiles puis militant et membre de la SFIO (1905) dont il gravira vite les principaux échelons. Battu une première fois par Siméon Flaissières (1931), il s’impose en 1935, face à Ribot et Sabiani. Ecologiste avant la lettre, Tasso s’attache à développer les espaces verts. Mais son mandat – écourté – sera marqué par le terrible incendie des Nouvelles Galeries, en octobre 1938. L’année suivante, Marseille est mise sous tutelle : elle le restera jusqu’en 1944 et la Libération, que Tasso, décédé six mois plus tôt à Allauch, ne verra pas. Une rue et un stade perpétuent sa mémoire à Marseille.

 

Jean Cristofol (1901-1957)

Le seul maire communiste de Marseille, au lendemain de la Libération (1946-1947). Il prendra une part importante dans la reconstruction de la ville et co-fondera le quotidien « La Marseillaise ». Un stade et une rue, près de la Belle de Mai, entretiennent son souvenir.

 

Gaston Defferre (1910-1986)

Né à Marsillargues – hasard ou prédestination ? – dans l’Hérault, Gaston Defferre devient avocat au barreau de Marseille en 1931. Résistant durant l’Occupation, il fonde les Milices Socialistes, prend contact avec De Gaulle, ce qui lui vaudra, à la Libération, d’être nommé président de la délégation municipale de Marseille puis du conseil municipal (1944-1945). Directeur du Provençal, il contrôlera aussi le Méridional, Var Matin et l’Agence Centrale de Presse. Devenu  maire en 1953, il sera réélu six fois jusqu’à sa mort en 1986. Député, il participe largement  à la vie politique nationale, est candidat aux élections présidentielles de 1969 avant d’être nommé ministre de l’intérieur en 1981 et de se révéler le principal artisan de la décentralisation. Durant ses trente-trois années de règne républicain, Marseille connaîtra une nouvelle mutation urbaine. On lui doit, en particulier, le tunnel autoroutier du Vieux Port, la promenade de la Corniche Kennedy, la plage du Prado, la création du métro et du théâtre de la Criée. De quoi minorer les « affaires » qui accompagnèrent sa gestion de la ville et les dissensions au sein de son parti qui assombrirent ses dernières années. Ses obsèques, en mai 1986, furent grandioses et œcuméniques. La ville entière porte sa trace.

 

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